La famine en Afrique est une atteinte à l’humanité

 

Par Winnie Byanyima

Directrice générale d’Oxfam International

Nous sommes tous ébranlés par le fait que notre monde s’apprête à traverser 4 famines. Il s’agit d’un événement sans précédent dans l’histoire des temps modernes, et qui n’aurait jamais dû arriver. L’ONU a déclaré que près de 20 millions de personnes risquent de mourir de faim.

Accompagnée de Nigel Timmins, directeur humanitaire d’Oxfam, je me suis rendue dans le nord-est du Nigéria pour y rejoindre les équipes et les partenaires d’Oxfam. Nous avons rencontré des gens et observé le travail que nous accomplissons à Maiduguri. Nous nous sommes aussi rendus à Gwoza et Pulka, des villages terriblement touchés par le conflit. Gwoza a été presque complètement détruit par Boko Haram et Pulka reçoit encore des gens déplacés par le conflit.

Les communautés locales ont été forcées de fuir, laissant tout derrière pour trouver sécurité, nourriture, eau propre, etc., et ce, au beau milieu des hostilités entre Boko Haram et le gouvernement.

On estime que des milliers de personnes sont mortes déjà, dont bon nombre étaient de jeunes enfants. En tant qu’Africaine, la situation sur ce continent m’arrache le cœur. Je ressens beaucoup de peine, mais également de la colère et de l’humiliation.

Comme Nigel a dit : « Ces crises sont d’origine humaine. Elles ne sont pas inévitables. Il n’y a aucune raison et aucune excuse, dans le monde d’aujourd’hui, pour qu’une mère et ses enfants dorment dehors sur le sol, qu’ils n’aient un accès que très limité à la nourriture et à l’eau, et qu’ils craignent pour leur vie. C’est inadmissible. »

Les gouvernements doivent agir. De l’aide doit être apportée et elle doit être appuyée par un courage diplomatique pour s’attaquer aux racines de ces crises. Du leadership à l’échelle étatique, nationale et internationale doit être déployé maintenant pour gérer la crise actuelle et mettre fin au conflit.

Oxfam fait ce qu’elle peut, venant en aide aux victimes directement et poussant les décideurs à agir. Nigel et moi aurions préféré ne pas avoir à faire ce voyage, mais nous sommes satisfaits d’avoir pu constater la crise par nous-mêmes et d’avoir rencontré ces braves gens. Nous ferons tout en notre possible pour partager ce dont nous avons été témoins et inciter les décideurs à éviter des pertes de vies catastrophiques.

Nous devons vous dire qu’au cours des derniers jours, au cœur de tant de souffrance, nous avons vu qu’il y a tout de même de l’espoir.

Nous avons observé des communautés qui partageaient le peu qu’elles avaient avec d’autres, encore plus démunies. Nous avons parlé avec des femmes fortes qui ont adopté le rôle de leader dans leur communauté. Nous avons été chaleureusement accueillis, dans la gratitude, par des gens qui ont tant souffert et ont si peu à offrir.

Les dirigeants politiques peuvent encore, et doivent, prévenir des pertes de vies catastrophiques. Nous avons besoin d’une réponse immédiate et draconienne. Les gouvernements ont le devoir de mettre fin à cette trahison envers certains des peuples les plus vulnérables au monde.