Forcés de fuir l’Angola, plus de 257 000 Congolais en situation d’urgence

Montréal, 31 octobre 2018 – Oxfam lance un message d’alerte aujourd’hui face à une crise humanitaire émergeant dans la région du Kasaï, au sud de la République démocratique du Congo (RDC). Plus de 257 000 Congolais y ont été forcés de quitter l’Angola à la suite d’une violente répression contre les migrants – y compris des réfugiés. La région du Kasaï, qui est l’une des plus pauvres de la RDC, est déjà affectée par un taux élevé de malnutrition, une épidémie de choléra et des conflits latents.

Un grand nombre de personnes fuyant l’Angola ont déclaré y avoir subi des actes de brutalité extrême, d’agressions sexuelles et de viols. D’autres ont été dépouillés de leurs biens et ont vu leurs maisons saccagées. Beaucoup d’entre eux ont marché pendant des jours sans nourriture ni abri. Oxfam s’attend à ce qu’ils soient davantage à traverser la frontière dans les prochains jours.  

« Nombreux sont ceux qui ont été forcés de fuir, ont subi ou bien ont été témoins de violences graves en Angola, explique Chals Wontewe, directeur pays d’Oxfam en RDC. Traumatisés et démunis, ils ont désespérément besoin d’aide. Ils ont besoin de nourriture et d’eau potable de toute urgence ainsi que de pouvoir rentrer chez eux en sécurité. »

« Les communautés du Kasaï font tout ce qu’elles peuvent pour aider, mais elles luttent déjà elles-mêmes contre la pauvreté, la faim et la maladie, raconte M. Wontewe. Nous avons rencontré des familles qui hébergent jusqu’à 30 personnes rentrées d’Angola, alors qu’au sein du foyer ils ont des enfants qui souffrent de malnutrition sévère. »

La plupart des personnes obligées de retourner en RDC se trouvaient en Angola en tant que migrants économiques, travaillant souvent dans les mines de diamants, et beaucoup avaient un permis de travail officiel. D’autres sont des réfugiés qui sont à nouveau déplacés de force après avoir fui les récents conflits en RDC.

Jean, un jeune photographe et père de trois enfants, a témoigné auprès d’Oxfam : « Je suis venu en Angola parce que j’avais peur du conflit et que je voulais sauver ma famille.Mais un jour, un grand nombre d’hommes armés sont venus chez moi avec six soldats. Ils m’ont enfermé dans ma maison, m’ont attaché les mains et m’ont plaqué au sol. Alors que je ne pouvais pas bouger, ils ont pris ma fille et l’ont violée. Ma fille est complètement sous le choc. Je fais tout ce que je peux pour la soutenir. Ces hommes ont aussi volé tout ce que nous avions. » 

Yvette, une infirmière âgée de 40 ans vivant en Angola depuis dix ans, a montré à Oxfam le document officiel de résidence en Angola qu’elle avait avec elle lors de son arrestation. Yvette témoigne :

« Tout s’est passé en quelques jours. Premièrement, nous avons entendu parler de la décision du chef de quartier de nous exclure. Puis il y avait des ambulances avec des mégaphones qui diffusaient des messages invitant les étrangers à partir. Puis sont venus les soldats lourdement armés. »

Chals Wontewe, directeur pays d’Oxfam en RDC, poursuit : « Nous appelons les autorités angolaises à respecter les droits des réfugiés et les droits de ceux qui possèdent un titre de séjour officiel. Nous les appelons à veiller à ce que les personnes ne soient ni agressées ni humiliées, quel que soit leur statut. Ceux qui quittent le pays devraient être autorisés à le faire en toute sécurité et dans la dignité. »

Oxfam signale aussi que cet afflux massif de personnes au milieu de la saison des pluies pose des risques majeurs sur le plan sanitaire, dans une région déjà touchée par une épidémie de choléra et où l’eau potable et des installations d’hygiène décentes sont rares. S’ajoute à cela la menace supplémentaire d’une résurgence des violences, car le Kasaï est toujours extrêmement fragile après le conflit de 2016. Avec l’afflux de ces personnes et la pression que cela provoque sur des ressources déjà limitées, les tensions intercommunautaires risquent de resurgir.

Oxfam commence une opération de distribution d’argent liquide aux ménages qui ont le moins de ressources afin qu’ils puissent répondre à leurs premiers besoins. Chals Wontewe : « Cette nouvelle crise nécessite un financement adéquat et une réponse rapide pour que nous puissions venir en aide à ce nombre considérable de personnes en situation d’extrême vulnérabilité. »