Une histoire de jardinage en lasagne

Par Simon Trépanier, conseiller technique en communication

 

Raeda est une femme battante, mère de six enfants et habite à Jubbet ad-Dib en Cisjordanie occupée. Bien qu’elle souffre de troubles de l’audition et soit sans emploi, elle est déterminée à offrir à ses six enfants la nourriture, les vêtements et les soins qu’ils méritent. Trois d’entre eux ont de graves problèmes de vue et nécessitent, dans un monde idéal, des visites chez l’ophtalmologiste tous les trois mois, de même que des lunettes. Quant à elle, elle aurait bien besoin d’une aide auditive. Son mari qui travaille dans une colonie voisine apporte bien peu d’aide à la famille, préférant dépenser son maigre revenu pour surfer sur internet. Qu’à cela ne tienne, Raeda prend les choses en main !

Tous les matins, dès l’aube, elle se rend à la montagne où elle doit marcher plusieurs kilomètres pour pouvoir cueillir de la camomille et d’autres plantes sauvages qu’elle vend ensuite à un commerçant pour six shekels le kilo (soit 2 dollars canadiens). Évidemment, ce dernier les revend au marché de Hébron cinq fois plus cher… Raeda a bien peu de pouvoir de négociation et avec les 20 shekels journaliers qu’elle gagne (environ 7 dollars canadiens), elle parvient à peine à nourrir la marmaille. « J’aimerais pouvoir produire et vendre directement mes produits pour couvrir tous les besoins », rêve-t-elle à voix haute.

Et pourquoi ne pas faire du jardinage en lasagne ? Du quoi ?! Bien que Raeda n’ait aucune connaissance en agriculture (encore moins en lasagne !), elle n’a pas hésité à se lancer dans cette nouveauté lorsque le YMCA de Bethléem lui a proposé de suivre une formation pour lui permettre d’apprendre à cultiver des légumes selon une méthode ancienne, bien que relativement nouvelle en Territoire palestinien occupé, et ce, grâce au programme ACCÈS Innovation d’Oxfam-Québec. Le jardinage en lasagne se réfère à la méthode de jardinage qui consiste à empiler des couches de matériaux organiques qui vont « mijoter » au fil du temps, ce qui entraîne un sol riche et moelleux qui procure un haut rendement avec moins d’efforts.

Seulement, il lui faut une terre et elle n’en a pas. Heureusement, un voisin, également bénéficiaire du projet, lui a prêté une partie de son lopin pour qu’elle le cultive.

Grâce à la formation, à la fourniture d’intrants pour démarrer (outils, compost, semis) et avec l’aide occasionnelle des volontaires du Palestinian Medical Relief Service, de ses enfants et de son voisin, Raeda espère pouvoir produire assez de légumes pour bien nourrir sa famille, offrir des soins et des lunettes à ses enfants.

Surtout, elle rêve secrètement d’offrir un petit luxe à ses enfants : « Je voudrais leur acheter des jouets et leur donner un peu d’argent de poche pour aller à l’école » avoue-t-elle avec son sourire imperturbable. Et pourquoi pas ? Peut-être qu’un jour, grâce au jardinage en lasagne, pourrait-elle s’offrir une aide auditive qui lui permettra de mieux entendre ses enfants rire !

 

 

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