Winnie embrasse Nyadeng Nyichiar, une femme qu'elle a rencontrée dans un groupe de femmes au sein du Protection of Civilian Site à Malakal. Les femmes rencontrées par Winnie Byanyima ont évoqué les difficultés rencontrées notamment la peur d'être attaquée lorsqu'elles allaient chercher du bois de chauffage ou de la nourriture, et leurs inquiétudes quant à la manière de nourrir leurs enfants. Toutes souhaitent vivre une vie normale, être capables de travailler et de subvenir aux besoins de leur famille. (Bruno Bierrenbach Feder / Oxfam)

Inégalités économiques : un enjeu profondément féministe

Par :  Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam

Nous traversons une époque tourmentée, passionnante et angoissante pour les femmes. Dans notre combat pour l’égalité, il y a des victoires éclatantes, suivies de défaites écrasantes.

La semaine dernière, lors d’un référendum historique, la population irlandaise s’est prononcée en faveur du droit à l’avortement. Pendant ce temps, en Arabie saoudite, des répressions visant des militantes des droits des femmes ont mené à de nombreuses arrestations.

Le combat pour l’égalité se mène sur plusieurs fronts. J’ai consacré une grande partie de mes efforts à analyser le modèle économique mondial qui désavantage systématiquement les femmes. Voici quelques faits éloquents.

D’abord, les femmes contribuent pour environ 10 000 milliards de dollars à l’économie par leur travail non rémunéré, incluant les tâches domestiques et les soins consacrés à leurs proches. Un travail qu’elles effectuent gratuitement et sans lequel nos économies s’effondreraient.


Ensuite, la Banque mondiale a recensé 104 pays où des lois empêchent encore les femmes de travailler dans certains domaines, comme la fabrication industrielle ou la construction, en raison d’opinions paternalistes dépassées concernant ce qu’une femme peut ou doit faire.

Enfin, selon les dernières vérifications effectuées par Oxfam, on compte actuellement 2043 milliardaires dans le monde, dont neuf sur dix sont des hommes.

Les données du Forum économique mondial indiquent qu’au rythme actuel, il faudra 217 ans pour éliminer les écarts de rémunération et d’emploi entre les femmes et les hommes.

Sans surprise, les inégalités économiques entre les sexes se traduisent par des inégalités de pouvoir. Comment pouvons-nous créer un monde égalitaire pour les femmes quand les cordons de la bourse sont tenus par des hommes ?

Voilà pourquoi la question des inégalités économiques est un enjeu profondément féministe.

Actuellement, la prospérité de notre économie mondiale repose sur l’exploitation des femmes et des filles à tous les échelons.Tant que nous respectons les normes discriminatoires de ce système, nous contribuons à le perpétuer.

Résultat ? Les filles puisent de l’eau et cueillent du bois de chauffage pendant que leurs frères sont à l’école. Des femmes sont exposées au harcèlement sexuel pendant qu’elles nettoient des chambres d’hôtel. Cette réalité n’est pas si loin de nous : les femmes qui cultivent notre nourriture n’arrivent pas à nourrir leur propre famille ; les femmes qui fabriquent nos vêtements s’entassent dans des manufactures suffocantes où elles gagnent un salaire de misère et disposent de très peu de droits.

Pour finir, la plus grande part de la richesse créée par ces femmes se retrouve dans les poches de quelques hommes extrêmement fortunés.

Les dirigeants du G7 se réunissent cette semaine. Assurément, nous entendrons des discours sur l’importance de promouvoir l’égalité des femmes, mais je ne serai satisfaite que lorsque je verrai ces paroles transformées en actions. Je tiens à saluer le gouvernement du Canada pour la mise sur pied du tout premier Conseil consultatif du G7 sur l’égalité des sexes, auquel je suis honorée de participer. On nous a demandé de revendiquer de réels changements, et nous avons formulé une série de recommandations concrètes en ce sens.

Je refuse d’accepter l’idée que nous pouvons assimiler les femmes à une économie mondiale qui les exploite pour ensuite célébrer le fait que nous faisons avancer leur autonomisation économique.

Le G7, qui réunit les pays les plus riches du monde, doit repenser les économies de façon responsable pour qu’elles profitent également aux femmes.

Plutôt que de contribuer à élargir le cercle fermé de milliardaires, les pays du G7 doivent garantir des emplois décents et sécuritaires pour toutes et tous, en établissant un salaire minimum qui permettrait à quiconque de vivre décemment.

Prenons les congés parentaux et la nécessité d’investir en petite enfance dans des services de santé et d’éducation publics, universels, gratuits et de qualité. Le G7 pourrait susciter une transformation pour reconnaître, réduire et redistribuer le travail de soin non rémunéré qui accapare les femmes et freine leur autonomisation.

On pourrait également réduire les inégalités et faire avancer les droits des femmes si l’on exigeait des personnes et des sociétés riches qu’elles paient leur juste part d’impôt pour améliorer les écoles publiques, la santé et les autres services sociaux. Lorsque les femmes et les filles ont accès à une éducation de qualité et à des services de santé, dont les droits sexuels et reproductifs, elles sont davantage libres de faire des choix pour leur propre vie.

Par où commencer ? Les organisations et les mouvements de défense des droits des femmes agissent déjà aux premières lignes de ce travail colossal.

Nous devons appuyer ces femmes et apprendre d’elles. Le G7 contrôle une énorme partie des budgets d’aide : en adoptant une approche féministe d’aide internationale, en injectant des ressources dans des organisations de femmes, comme le Canada s’est engagé à le faire, nous pourrions réaliser des avancées considérables pour améliorer la vie de femmes pauvres partout dans le monde.

Des pays comme le Rwanda, la Suède et le Canada ont déjà fait de grands progrès. D’ailleurs, il y a quelques mois à peine, le Canada a même adopté un budget visant précisément à faire progresser l’égalité pour les femmes. Les membres du G7 se doivent de suivre cet exemple, en se dotant d’une législation garantissant que leurs décisions et leurs politiques sont guidées par une analyse rigoureuse des sources d’inégalités entre les femmes et les hommes.

Nous avons le pouvoir de bâtir un avenir égalitaire pour nos filles et nos petites-filles. Proclamons-nous féministes, mais engageons-nous aussi à passer de la parole aux actes.

pop-in Muna

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