Ebola: la peur et la violence en RDC continuent de miner les efforts pour maîtriser l’épidémie

Les nouveaux cas survenus en milieu urbain signifient que le virus reste une menace

11 septembre 2018 – Les nouveaux cas d’Ebola constatés dans des centres urbains au cours des derniers jours montrent bien que la flambée du virus en République démocratique du Congo (RDC) n’est toujours pas maîtrisée et que les semaines à venir seront essentielles pour endiguer le virus.

Malgré des efforts d’intervention soutenus, ils restent insuffisants pour aider les communautés à surmonter leurs craintes et  leur manque de connaissances au sujet de la maladie. Les conflits, qui font des ravages dans la partie orientale de la RDC depuis des décennies, pourraient aussi miner les efforts visant à endiguer la toute dernière flambée de l’épidémie, qui a fait 90 victimes depuis son apparition le 1er août.

Jose Barahona, directeur pays d’Oxfam en RDC, a déclaré : « Malgré l’apparent ralentissement du taux de transmission grâce aux interventions rapides des communautés pour éviter la propagation de l’épidémie, ces nouveaux cas en milieu urbain signifient que nous ne sommes pas à l’abri du danger. Dans les grandes villes, surtout quand il s’agit de lieux d’échanges majeurs, les populations côtoient un bien plus grand nombre de personnes.

Il est aussi très préoccupant que trois cas du virus aient été constatés dans un secteur où les groupes armés sont extrêmement actifs. Il s’agit de groupes hostiles, qui refusent de négocier, et notre capacité à atteindre les populations dans le besoin est extrêmement limitée. Nous ne pouvons pas prédire l’ampleur des conséquences si le virus continue à se propager en s’enfonçant dans les zones tenues par les rebelles, ou si ces groupes armés se mettent à attaquer les régions les plus durement frappées par le virus Ebola. »

Un quartier de Beni est devenu un foyer de transmission, où de nouveaux cas sont déclarés pratiquement tous les jours depuis quelques semaines. Une femme atteinte du virus et l’agent de santé qui la soignait sont également décédés dans la ville de Butembo, une place commerciale majeure qui abrite près d’un million d’habitants et qui est proche de la frontière avec l’Ouganda. Trois cas, dont un mortel, ont été recensés dans la ville d’Oicha, une région où il est extrêmement dangereux de travailler en raison de la présence de groupes rebelles armés. Bien que le virus y soit jugé maîtrisé, des groupes armés ont lancé des attaques violentes contre des positions de l’armée autour de la ville de Beni ces dernières semaines, dont un dimanche dernier.

Oxfam s’inquiète aussi que sous l’effet de la peur, les communautés courent des risques sanitaires énormes en évitant d’emmener les malades de la famille dans les centres de traitement du virus Ebola, qu’elles assimilent à des « prisons » ou à des « mouroirs ». Un nombre important d’individus qui sont entrés en contact avec quelqu’un de contagieux se sont enfuis de chez eux et il arrive que certains refusent de remettre la dépouille de leurs proches, avec tous les risques exacerbés de propagation du virus que cela entraîne.

À Mangina, le foyer de l’épidémie où 80 % des décès se sont produits, Oxfam a trouvé les habitants sous le choc et en colère que leurs proches soient morts si rapidement et leurs dépouilles emportées.

Oxfam a entendu parler de plusieurs cas où, sous l’effet de la peur, des travailleuses et travailleurs humanitaires ont été menacés par une foule en colère brandissant machettes et gourdins et jetant des pierres sur leurs voitures, et où des agents de santé ont été accusés d’avoir « tué » des proches. Dans un village, le feu a été mis à une partie du point de contrôle de dépistage sanitaire et dans un autre, le personnel d’Oxfam a dû s’arrêter devant un barrage dressé par les habitants pour empêcher toute aide de passer.

J. Barahona a ajouté : « C’est la toute première fois que les populations sont confrontées au virus Ebola, il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’elles soient sous le choc et effrayées. Si on ajoute à cela l’arrivée d’agents de santé revêtus d’une combinaison qui leur donne l’allure de cosmonautes, et le fait que cela fait des décennies qu’elles vivent sous la menace constante de violences, il est facile de comprendre combien la situation doit leur paraître effrayante. »

Oxfam apporte déjà de l’aide à 138 000 personnes, par la fourniture d’eau potable et par des actions menées auprès de chefs et de bénévoles des communautés locales pour mieux faire comprendre les méthodes d’éviter la transmission du virus Ebola et pour dissiper les mythes et les craintes que les populations peuvent avoir.

J. Barahona a ajouté : « D’après notre expérience des épidémies passées du virus Ebola, il n’y a pas de doute que pour endiguer le virus, il est absolument essentiel de parler avec les communautés et de trouver des solutions sûres avec elles. Lorsque les populations sont informées et que l’on prend le temps d’écouter leurs préoccupations et leurs questions, elles se mettent très vite à changer de comportement.

Cela fait des années que ces gens vivent en situation de conflit et personne n’est venu à leur secours. Maintenant, ils voient leurs proches emportés par la maladie et on leur refuse de les enterrer conformément à la coutume. Il reste encore beaucoup à faire pour veiller à ce que les efforts d’intervention se mettent à l’écoute des craintes des communautés. »

Pour soutenir l’intervention d’Oxfam-Québec http://oxfam.qc.ca/urgences/