Magali Videau, conseillère technique en lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles (VFFF)

Travailler pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes

Magali Videau, conseillère technique en lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles (VFFF)
Propos recueillis par Julie Amira Byrnes, conseillère en communication au Pérou

Magali a toujours voulu travailler en développement international, et elle s’est toujours intéressée aux questions de protection et particulièrement des femmes et des filles. Elle a réalisé sa première mission de coopération comme stagiaire au Salvador en 2009 afin de mener une étude sur les opportunités d’emplois pour les femmes et les jeunes. Elle a ensuite travaillé plusieurs années à Montréal comme gestionnaire dans le milieu communautaire dont trois années comme intervenante sur une ligne d’écoute pour les victimes d’agressions sexuelles au Québec.

« Avec mon expérience en gestion de projets et mon expertise en lien avec les violences sexuelles, je sentais que j’avais quelque chose à apporter. En 2014, lorsque j’ai vu une ouverture d’un mandat en VFFF avec Oxfam-Québec, cela m’a interpellé et m’a amené dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Depuis 2016, je suis en poste au Burkina Faso dans le cadre du Programme Accès et Innovation’ (PAI).»

Est-ce qu’elle pense qu’on peut faire une différence sur le terrain ? Magali explique que grâce à ses interventions, elle sent avoir semé des graines :

« On appuie les organisations partenaires dans la mise en œuvre de leurs projets, on échange avec les communautés et on apprend aussi énormément. En bout de ligne, on peut espérer qu’en favorisant le dialogue et en posant des questions, nous puissions avoir une meilleure compréhension du système qui perpétue les injustices. Qu’ensemble nous puissions faire évoluer les normes sociales défavorables qui perpétuent et rendent légitimes les violences faites aux femmes et aux filles. »

Magali travaille principalement à renforcer les capacités des organisations locales et de l’équipe d’Oxfam au Burkina Faso. Elle développe des modules de formation et des outils de sensibilisation, anime des ateliers et participe à des réseaux d’expertise sur les questions de violences.

La violence envers les femmes et les filles : une constante dans les conflits armés

Lors de sa mission en RDC, Magali a principalement travaillé auprès de l’organisation CAF-Béni qui, par l’entremise d’un centre d’hébergement, prenait en charge des survivantes de violence sexuelle. En temps de conflit, le viol est une arme de guerre.

« J’aidais les intervenantes à recueillir les témoignages des femmes victimes de violence sexuelle. Chaque histoire était plus horrible que la précédente. C’était un travail très difficile, surtout pour les intervenantes du centre qui n’avaient pas toujours des formations adéquates sur la prise en charge des victimes ni de l’appui psychologique. Avec l’exposition répétée aux récits de violence, il est possible pour un professionnel de développer les mêmes symptômes de stress post-traumatique que les victimes. Ainsi j’avais organisé des ateliers de gestion du stress pour aider au bien-être des intervenantes et des résidentes de la maison d’hébergement. »

Magali Videau, conseillère technique en lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles (VFFF)

Burkina Faso, vers le respect du corps et de la vie des femmes et des filles

Au Burkina Faso, les principales violences faites aux femmes et aux filles sur lesquelles intervient Oxfam sont les mutilations génitales féminines (excision) et le mariage d’enfant. Dans ce pays, une femme sur deux est mariée avant 18 ans et plus de 70 % des femmes ont été excisées. Profondément ancrées dans les traditions, ces pratiques menacent la liberté, la santé et même la vie des femmes et des filles. Oxfam, en collaboration avec des partenaires locaux, organise des campagnes de sensibilisation au niveau local et national, implique les leaders coutumiers et religieux, tout en faisant du plaidoyer auprès du gouvernement, pour mettre en place un cadre juridique et sociale favorable à l’élimination de ces pratiques.

Depuis 1996, après la révision du code pénal, les auteurs de l’excision et les complices sont sujets à l’emprisonnement. De plus un grand travail de vulgarisation de cette loi a été mené auprès des populations. Selon les statistiques nationales, on observe une baisse de la pratique. Cependant Magali fait remarquer l’absence d’un système de collecte de données qui permet de mesurer de manière fiable cette baisse. De nombreux experts s’accordent à dire qu’avec la criminalisation de la pratique, celle-ci persiste mais de manière encore plus clandestine. Les enquêtes montrent aussi que les femmes non excisées souffrent encore beaucoup de stigmatisation, ce qui en pousse beaucoup à se faire exciser avant le mariage.

Ainsi, Magali sait que ce combat n’est pas terminé et qu’il faut favoriser une meilleure intégration des services, incluant les services sociaux et le corps médical. Le travail de fond sur les causes de ces pratiques doit, et va continuer.

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