Les visages de le jungle péruvienne

Au loin, à travers la route cahoteuse que j’ai mis deux jours à parcourir en camionnette, je vois se profiler des visages, ceux des femmes et des hommes autochtones que j’apprendrai à découvrir au cours de la prochaine année.

Georget, notre guide, Soledad et Bladimir, les coordonnateurs du projet mené par l’organisation Chirapaq, partenaire local d’Oxfam au Pérou, me racontent l’histoire des communautés Yaneshas qui vivent dans une zone reculée de la jungle centrale du Pérou. Pour un instant, j’oublie ma caméra et j’écoute, attentive. J’apprivoise le rythme.

Je ne m’attendais pas à quitter Montréal si rapidement. Je venais à peine de m’y installer après avoir quitté ma Colombie natale, où je travaillais auprès de communautés défavorisées. L’audiovisuel a toujours été mon outil de prédilection pour sensibiliser et revendiquer. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que cette nouvelle expérience qui s’amorce me changera.

Les jours passent et les rencontres se multiplient

Comme je m’y attendais, j’apprends un peu plus chaque jour, et je dois m’adapter à tant de différences culturelles. Je sais bien que peu importe avec qui on travaille, il faut être à l’écoute, s’adapter aux personnes et ne pas juger trop vite. Mais ce qui m’a marquée dans cette expérience, c’est de réaliser à quel point des gens peuvent vivre selon une autre logique que la mienne, que la nôtre. Cette prise de conscience m’a permis de me sentir à ma place dans les communautés et de partager mes connaissances avec les femmes et les hommes que j’ai côtoyés.

Toutes les personnes avec lesquelles j’ai eu le privilège d’échanger au cours de mon année passée au Pérou m’ont marquée, mais Christina Mariño, elle, m’a touchée. Cette dame que j’ai connue dans la jungle péruvienne, marche pendant plusieurs heures pour rejoindre les communautés afin d’y enseigner l’art, la langue et les chansons traditionnelles aux enfants Yaneshas. Elle est humble, mais fière, engagée et convaincue de l’importance de son travail. Et elle le fait en échange d’une faible rémunération provenant de la municipalité qui l’emploie.

Cette rencontre a donné encore plus de sens à mon travail, parce que cette volonté de transmettre une culture et des traditions s’est incarnée en Christina. Son engagement, malgré les difficultés, m’a donné un second souffle, une énergie renouvelée. Allait ensuite de soi la réalisation d’ateliers d’initiation à la production cinématographique avec les communautés autochtones. Je devenais partie prenante de cette aventure en les accompagnant dans la scénarisation de leur histoire, dans la captation de leurs racines et la préservation de leur us et coutumes.

Renouer avec ses racines à travers des réalisations collectives

Plusieurs courts métrages ont été réalisés de A à Z par des dizaines de participantes et participants au cours de l’année. En groupe de 8 à 15 personnes, ils ont approfondi leurs connaissances sur leur propre culture, sur des traditions perdues, etc. Je les ai vus apprendre à se valoriser, à tisser de nouveaux liens entre eux et mettre en lumière les enjeux qui les habitent quant à la préservation de leur identité.

Pendant mon séjour, j’ai dû modifier l’approche que j’avais anticipé utiliser. Au départ, j’avais choisi de m’inspirer des escales de production vidéo de Wapikoni Mobile, une organisation québécoise qui intervient auprès des jeunes autochtones au Canada. Mais comme l’approche Wapikoni est bâtie en fonction de projets individuels chez les autochtones d’Amérique du Sud, j’ai dû l’adapter à un contexte de groupe, notamment parce que les trois communautés Quechuas des Andes où j’ai travaillé pensent et travaillent en termes de « nous ». Tous les projets sont donc des réalisations collectives.

Maintenant de retour, je prends la mesure de l’héritage que j’ai reçu de la part des Péruviennes et Péruviens que j’ai rencontrés. Je me sens prête à investir d’autres projets, mais cette fois-ci, j’ai choisi d’avoir un impact ici, au Québec. J’ai donc débuté des études en gestion des organismes culturels, en espérant laisser une empreinte porteuse de changement au sein de ma communauté d’accueil.


Mónica Diaz Marin a été conseillère en audiovisuel au Pérou en 2016-2017 dans le cadre du programme de coopération volontaire d’Oxfam-Québec, financé par Affaires mondiales Canada.

En cette journée internationale des volontaires, le 5 décembre, Oxfam-Québec souhaite souligner le travail important réalisé par ses volontaires à travers le monde. Merci à Mónica et à nos centaines de volontaires, en poste et de retour, pour leur contribution inestimable à de nombreux projets de développement mis en œuvre dans dix de nos pays d’intervention.


pop-in Muna

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