RDC et Tchad : mieux anticiper et gérer les crises sanitaires
En République démocratique du Congo et au Tchad, les systèmes de santé sont confrontés à d’importants défis : des épidémies d’Ebola, de mpox et de choléra, des mouvements de populations fuyant les conflits et les inondations, et des coupes radicales dans l’aide internationale qui ont déstabilisé des communautés entières.
Oxfam-Québec, Santé Monde ainsi que leurs partenaires locaux, avec le soutien d’Affaires mondiales Canada, ont lancé un ambitieux projet sur sept ans visant à soutenir le renforcement des systèmes de santé de ces deux pays afin de les rendre plus forts et résilients face aux conflits, aux épidémies et aux catastrophes naturelles.
Projet de renforcement de la résilience des systèmes de santé (PRESYS)
241 873 personnes sensibilisées
(dont 70 % de femmes et adolescentes)
République démocratique du Congo (Kinshasa et province de l’Équateur) et Tchad (provinces du Lac et du Bahr El Ghazal)
2025-2032
Mené en étroite collaboration avec des établissements de soins et des groupes communautaires, le projet vise à soutenir les femmes, les adolescentes et d’autres personnes en situation de vulnérabilité afin qu’elles puissent exercer pleinement leur droit à la santé.
Il s’attaque aux causes profondes des inégalités en santé que vivent les femmes et les adolescentes, particulièrement en ce qui concerne les droits sexuels et reproductifs.
PRESYS s’appuie sur trois piliers :
- Accroître l’utilisation équitable des services de santé sexuelle et reproductive, notamment grâce à :
- Des cliniques mobiles qui rejoignent les femmes et les adolescentes dans les communautés éloignées ;
- La formation du personnel de santé pour offrir des soins inclusifs, respectant la dignité et les besoins des femmes, des adolescentes et des groupes marginalisés ;
- La réhabilitation et l’équipement des établissements de soins de manière durable.
2. Favoriser l’autonomie des femmes et des adolescentes concernant leur santé, notamment par des activités de sensibilisation et l’appui à des groupes et des initiatives locales qui soutiennent les droits liés à la santé sexuelle et reproductive.
3. Promouvoir et protéger les droits en matière de santé à travers la gouvernance et le plaidoyer, entre autres par le renforcement des compétences des leaders d’opinion, des organisations féministes et des membres de la société civile, qui jouent un rôle central dans la promotion de l’égalité de genre.
Crédit photo: Sanoussi Sahabi Moussa/Oxfam au Tchad
Une clinique mobile offrant des soins de santé de base se déplace chaque semaine dans les régions éloignées de la province du Bahr El Gazal, au Tchad.
Crédit photo: Sanoussi Sahabi Moussa/Oxfam au Tchad
La clinique mobile offre des soins de base aux femmes enceintes et aux enfants.
Des indicateurs clés pour mesurer l’impact
L’impact du projet est mesuré régulièrement par plusieurs indicateurs clés, dont :
- Le pourcentageLa proportion de femmes et d’adolescentes qui disent pouvoir consulter librementse sentent libres de consulter une ou un professionnel de la santé ;
- La proportion de femmes en âge de procréer qui ont pu obtenir ayant accès, à leur demande, à des méthodes de contraception médicalement éprouvées fiables lorsqu’elles le souhaitent ;
- Le nombre de professionnelles et de professionnels de la santé formés en surveillance épidémiologique ;
- Le nombre de personnes formées enà la gestion multisectorielle des crises sanitaires ;
- Le pourcentageLa proportion d’hommes et d’adolescents dans les communautés visées faisant preuvequi adoptent d’une attitude favorablepositive à l’égard de la santé, des droits et du bien-être des femmes.
Un impact concret au Tchad dès la première année
Pendant la première année de sa mise en œuvre, le projet a été confronté à une épidémie de choléra particulièrement inquiétante dans la province du Barh El Gazal, au Tchad.
L’équipe du projet PRESYS, soutenue par le leadership local d’Alerte Santé, a déployé une réponse d’urgence rapide combinant soins de santé et accès à l’eau potable, aux installations sanitaires et aux articles d’hygiène, des éléments essentiels pour stopper la propagation de la maladie.
- L’accès à l’eau potable a été renforcé, en sécurisant l’approvisionnement d’un centre de santé essentiel.
- 2 159 personnes ont été sensibilisées aux pratiques d’hygiène pour prévenir la maladie.
- 500 ménages vulnérables ont reçu des trousses d’hygiène pour se protéger immédiatement.
Ces mesures ont contribué à freiner la transmission du choléra et à améliorer durablement les mesures de protection contre les maladies dans une zone particulièrement vulnérable.
Crédit photo:
La détection d’un cas critique : l’histoire de Fatimé Zara
Crédit photo: Sanoussi Sahabi Moussa/Oxfam au Tchad
Fatimé Zara Mahamat Oumar et son enfant.
Au Tchad, la mortalité maternelle est un enjeu de santé publique majeur. Dans les régions éloignées, les femmes n’ont pas accès à un suivi de grossesse et accouchent le plus souvent chez elles, sans assistance d’une sage-femme. Les hémorragies après l’accouchement y sont souvent fatales.
Le Centre de santé intégré de Kamkalga, dans la province du Bahr El Gazal, dessert plusieurs villages éloignés les uns des autres et difficiles d’accès. À travers le projet PRESYS, une clinique mobile affiliée au centre de santé a été mise sur pied et offre chaque semaine des soins de base : consultations pour les enfants, vaccination, dépistage de la malnutrition, consultations pré et postnatales, accouchements d’urgence et, surtout, transfert des cas critiques vers des centres de santé plus spécialisés.
C’est à cette clinique mobile que s’est présentée Fatimé Zara Mahamat Oumar, 26 ans et mère de quatre enfants. Elle avait des saignements abondants et continus depuis son accouchement à domicile, survenu 20 jours plus tôt sans assistance médicale.
La sage-femme de la clinique a compris l’urgence et l’a immédiatement référée au Centre de santé intégré de Kamkalga, où elle a été prise en charge sans délai. Après deux jours de traitement sur place, son état a commencé à s’améliorer.
Fatimé Zara a finalement pu rentrer chez elle, avec pour consigne d’alerter le centre de santé au moindre signe de rechute. Aujourd’hui, elle est pleinement rétablie et peut continuer de s’occuper de sa famille.
« Je suis reconnaissante d’avoir accès à des soins gratuits, avec nos enfants et toutes les communautés. »
Briser les tabous sur la santé sexuelle
Crédit photo:
Comme d’autres adolescentes de sa communauté, Chanelle Bosomobi, 15 ans, avait des relations sexuelles non protégées et avait contracté une infection.
Pour elle, demander de l’aide au centre de santé était impensable.
Un jour, elle a participé à une causerie éducative menée par une organisation congolaise soutenue par le projet PRESYS, qui portait sur les infections transmises sexuellement.
Elle a finalement décidé de se rendre au centre de santé.
Chanelle souhaite que les autres filles de sa communauté puissent être informées comme elle l’a été.
« Je ne prenais pas soins de mon corps. Je ne me protégeais pas et, face aux infections génitales, je me fiais aveuglément à la médecine traditionnelle, sans conscience des dangers. »
« Je craignais les infirmiers. Je ne voulais pas qu’ils divulguent mon état de santé à mes parents ou à mes amis. Pendant ce temps, mon état s’aggravait : fortes douleurs au bas-ventre, écoulements et fièvre. J’avais honte, mais je ne disais rien. »
« Les animatrices ont insisté sur l’importance de consulter rapidement un médecin pour éviter des complications graves comme la stérilité ou même la mort. En écoutant les témoignages des autres filles, j’ai eu l’impression qu’on racontait ma propre histoire. »
« L’infirmier m’a accueillie de façon professionnelle et bienveillante. Il m’a prescrit un traitement. Aujourd’hui, je suis guérie. J’ai appris à aimer et à respecter mon corps et j’exige systématiquement le port du préservatif par mon partenaire. »
« Je sensibilise mes sœurs et mes camarades de classe. Je leur parle ouvertement de santé sexuelle, des dangers des pratiques traditionnelles et, surtout, de ne pas hésiter à consulter des professionnels de la santé. »
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