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Oxfam-Québec se joint à plus de 250 organisations et individus de partout au Canada pour demander au premier ministre Mark Carney de prendre des mesures urgentes et décisives pour préserver les engagements du Canada en matière de politique étrangère féministe, dans un contexte d’instabilité mondiale croissante et d’attaques de plus en plus fréquentes contre les droits humains.

Dans une lettre transmise aujourd’hui, les signataires affirment que les récents changements dans la politique étrangère du Canada risquent d’affaiblir le leadership de longue date du pays en matière d’égalité des genres, de droits humains et de multilatéralisme. La lettre souligne que les approches politiques féministes ne sont pas simplement une question de valeurs, mais qu’elles sont essentielles à la sécurité mondiale, à la résilience économique et aux intérêts stratégiques du Canada.

Voici pourquoi:

  • Une architecture internationale solide et efficace en matière de droits humains et un système multilatéral sont dans l’intérêt du Canada. Nous tirons profit d’un monde plus pacifique et plus prospère lorsque les droits humains sont respectés et que l’ordre fondé sur des règles fonctionne.
  • Le Canada défend depuis longtemps l’égalité des genres, notamment à travers le programme pour les femmes, la paix et la sécurité, l’engagement sur dix ans en faveur de la santé et des droits sexuels et reproductifs, et les droits des personnes 2SLGBTIQ+. Renoncer à cette position de leader à un moment où l’on assiste à un recul spectaculaire sur cette égalité à l’échelle mondiale envoie un mauvais signal au reste du monde. En cette période où l’ordre fondé sur des règles est menacé, il est impératif de soutenir les cadres normatifs mondiaux et d’y jouer un rôle de premier plan.
  • L’égalité des genres n’est pas seulement une question de « valeurs ». L’égalité des genres comporte des dimensions économiques et sécuritaires qui doivent être prises en compte dans les discussions politiques générales. Par exemple, la violence à l’égard des femmes et des filles est une question économique. Au Canada seulement, le coût annuel des agressions sexuelles et de la violence conjugale chez les adultes dépasse les 9 milliards de dollars. Comme l’a fait remarquer le Canada au Conseil de sécurité des Nations unies en octobre : « Loin d’être facultative, la question des femmes, de la paix et de la sécurité est un facteur fondamental de sécurité. Elle nous permet de mieux comprendre les menaces, de renforcer nos réponses et d’améliorer notre capacité à dissuader, à détecter et à défendre. »
  • Les cadres politiques intersectionnels permettent d’élaborer de meilleures politiques pour tous. Nous savons qu’au Canada, 30 % des femmes vivent avec un handicap, et ce chiffre est probablement beaucoup plus élevé à l’échelle mondiale. Les femmes – en particulier celles qui ont des identités intersectionnelles – doivent avoir leur mot à dire dans les politiques qui affectent leur vie, et les décisions du Canada en matière de commerce, de défense et d’aide humanitaire ont une incidence sur la vie des femmes, des filles et des personnes de toutes les identités de genre partout dans le monde.
  • Le monde a besoin de leadership en matière de droits humains. Les droits des femmes et des personnes 2SLGBTIQ+ sont menacés à l’échelle mondiale. Les acteurs anti-droits s’organisent et cherchent à faire reculer les acquis et à rendre les progrès futurs plus difficiles. Les femmes, les filles et les personnes de divers genres se tournent vers le Canada pour obtenir du soutien. Des engagements et des actions fermes, tant au niveau national qu’international, positionnent le Canada comme un véritable défenseur des droits humains.
  • Le Canada a développé des compétences, une réputation et une expertise dans un large éventail de domaines – notamment la violence sexiste, les soins rémunérés et non rémunérés, la santé et les droits sexuels et reproductifs, les droits des personnes 2SLGBTIQ+, le soutien aux défenseur.es et aux organisations de défense des droits des femmes, l’analyse comparative entre les sexes approfondie (ACS+), le suivi et l’évaluation féministes, ainsi que les femmes, la paix et la sécurité. Cette force acquise fait du Canada un chef de file naturel dans ces domaines.

 Au cours des dix dernières années, le Canada a renforcé l’attention qu’il porte à l’analyse et aux priorités féministes dans sa politique étrangère. Une analyse féministe fournit des informations importantes sur les défis auxquels le Canada est confronté. Abandonner cette expertise et cette orientation à l’heure actuelle ne ferait qu’affaiblir le Canada, et non le renforcer. Les preuves sont claires et n’ont fait que s’accumuler au cours de la dernière décennie. Comme l’a récemment déclaré votre secrétaire d’État au Développement international devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes, « lorsque les femmes et les filles vont mieux, nous allons tous mieux. Ce n’est pas seulement la bonne chose à faire, c’est aussi la chose intelligente à faire ».

Nous voulons souligner l’importance de défendre les droits des femmes, des filles et des personnes 2SLGBTIQ+ dans le monde entier (y compris par le biais de campagnes mondiales, de programmes et d’investissements concrets) et d’intégrer les perspectives féministes dans toutes les politiques et tous les programmes internationaux du Canada. Ces deux aspects sont essentiels.

Alors que vous vous attaquez aux défis auxquels le Canada est confronté, nous vous exhortons à :

  • Vous engager en faveur des droits humains et de l’égalité des sexes en tant que pilier central de la politique étrangère du Canada et veiller à ce que ces questions bénéficient d’une attention particulière dans tous les domaines de la politique étrangère (y compris le commerce et la défense). Confirmer le féminisme comme une valeur fondamentale de la politique étrangère du Canada. Continuer à renforcer les capacités du personnel d’Affaires mondiales Canada (et d’autres ministères concernés) à appliquer une analyse féministe et à intégrer des investissements spécifiques en faveur de l’égalité des sexes dans toutes les dimensions de la politique étrangère du Canada.
  • Veiller à ce que les engagements féministes clés qui font actuellement partie du portefeuille de l’aide publique au développement (APD) du Canada soient maintenusnotamment, mais sans s’y limiter, l’engagement décennal en faveur de la santé et des droits sexuels et reproductifs, les engagements continus envers le plan d’action national sur les femmes, la paix et la sécurité (WPS), le programme « Voix et le leadership des femmes », l’éducation des filles, la violence sexiste et le financement des personnes 2SLGBTIQ+.
  • Créer un groupe d’experts de la société civile, composé de féministes canadiennes et internationales, chargé de conseiller le gouvernement canadien en matière de politique étrangère, et renommer une ambassadrice pour les femmes, la paix et la sécurité.

Le moment est venu de redoubler d’efforts pour défendre les valeurs dont le Canada se réclame depuis des décennies. Le leadership du Canada est plus urgent que jamais, alors que nous voyons le monde sombrer davantage dans la crise et l’instabilité. Les données montrent que l’égalité des genres contribue à des résultats plus stables, plus équitables et plus prospères, ce que souhaitent les Canadiens et le monde entier.

Vous avez une demande média?

 

Josianne Bertrand

Agente – Relations publiques et médiatiques

Téléphone:514 606-4663
Courriel: josianne.bertrand@oxfam.org

 

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