Travail, garderie, violence de genre: Le Canada doit investir pour les femmes

Montréal, 8 mars 2019 – À l’occasion de la Journée internationale des femmes, Oxfam Canada publie la troisième édition annuelle de sa carte de pointage féministe. Cette carte témoigne qu’au cours de la dernière année, les propos féministes du gouvernement fédéral se sont traduits par des politiques et des stratégies porteuses en matière d’égalité des sexes, ici et ailleurs. Cependant, le nouveau rapport indique que ces nouvelles orientations ont rarement les fonds nécessaires pour obtenir des répercussions à long terme.

Deux catégories ont reçu une cote verte cette année : le leadership et la représentation des femmes ainsi que le leadership mondial en matière de droits des femmes. Toutes les autres catégories ont reçu une cote jaune.

La carte de pointage féministe d’Oxfam Canada « Transformer les progrès féministes en changements durables » (en anglais seulement) évalue le gouvernement sur les progrès réalisés de mars 2018 à février 2019 dans huit secteurs de politiques publiques. Oxfam emploie une approche de « feux de circulation » (rouge, jaune et vert) pour indiquer les niveaux de progrès réalisés : niveau faible, modéré ou considérable.

« Nous avons remarqué des engagements considérables visant à faire avancer l’égalité des sexes sous ce gouvernement. Certaines des importantes étapes de 2018 comprennent la création du ministère des Femmes et de l’Égalité des genres, la légifération sur l’équité salariale et la budgétisation fondée sur le sexe, l’augmentation du financement pour le mouvement des femmes canadiennes, et la mise en œuvre de la Politique d’aide internationale féministe. Ces mesures permettront d’apporter des changements positifs à la vie des femmes et des filles », a expliqué Lauren Ravon, directrice des politiques et des campagnes pour Oxfam Canada.

Des défis en matière d’égalité économique

De nombreux défis importants demeurent toutefois et indiquent qu’il y a encore place à l’amélioration, en particulier lorsqu’il s’agit d’égalité économique des femmes. Trop de femmes au Canada et partout dans le monde sont toujours coincées dans des emplois précaires à faible revenu en plus d’assumer une charge disproportionnée de la prestation de soins non rémunérés. Si on ajoute à cela la difficulté de trouver des services de garde d’enfants abordables et accessibles, il n’est pas surprenant de constater que les femmes ont du mal à solliciter des offres d’emploi décent.

« La garde d’enfants est une composante clé du programme féministe, et il reste beaucoup à faire pour assurer à toutes les familles au Canada un accès à des services de garde abordables et de qualité », a indiqué Mme Ravon.

En ce sens, Anne Duhamel, directrice des politiques chez Oxfam-Québec estime que « le modèle québécois des centres de la petite enfance (CPE) devrait être étudié sérieusement par le gouvernement canadien comme une option de choix. Depuis la création du Programme universel de services de garde à contribution réduite en 1997, les études économétriques démontrent « une relation positive entre le programme lui-même et le niveau de participation des femmes au marché du travail, de même qu’entre le montant de la réduction du tarif des services de garde et la participation des femmes au marché du travail [1]

« Nous savons que dans les années 70, et jusqu’en 1997, le taux d’activité des Québécoises ayant de jeunes enfants étaient inférieurs à celui des autres Canadiennes. La tendance s’est complètement inversée entre 1997 et 2008, ce qui témoigne éloquemment de l’impact de la mise en place de services de garde abordables et de qualité que nous réclamons à titre de mesure-clé d’autonomisation économique des femmes, précise madame Duhamel.

La carte de pointage présente les mesures importantes prises par le gouvernement pour faire progresser l’égalité des sexes dans des secteurs importants, mais ces mesures ont souvent produit des résultats décevants en raison du manque de ressources.

« Au cours des trois dernières années, le gouvernement a posé les bases pour un Canada plus égalitaire et plus inclusif, et nous le félicitons pour son engagement ferme envers l’élaboration de politiques féministes. Il y a cependant de nombreux enjeux qui n’ont toujours pas été réglés, précise madame Ravon. À l’échelle nationale, nous souhaitons que des mesures soient prises pour les services de garde d’enfants universels, pour veiller à ce que les travailleuses et travailleurs puissent gagner un salaire de subsistance et pour accroître les investissements visant à lutter contre la violence fondée sur le sexe. À l’échelle internationale, l’enveloppe d’aide du Canada continue d’être considérablement moins importante que celle d’autres pays. Il est nécessaire d’accroître ce budget afin de respecter la promesse de la Politique d’aide internationale féministe du gouvernement.

En ce qui concerne le budget 2019 et les quelques mois avant la fin de son mandat, le gouvernement doit injecter les fonds nécessaires pour transformer les progrès féministes en changements durables », a conclu Mme Ravon.

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Pointage Oxfam 2019

[1] CONSEIL DU STATUT DE LA FEMME. « Impact d’une modulation de la contribution parentale aux services de garde subventionnés sur la participation des femmes au marché du travail », 2014, p.20.