Photo : Alain Nking/Oxfam

Le fossé se creuse entre riches et pauvres | Le rapport d’Oxfam sur les inégalités dans le monde

Montréal, 21 janvier 2019 – Alors qu’une partie de l’élite économique et politique mondiale se réunit cette semaine au Forum économique mondial de Davos, Oxfam publie un nouveau rapport démontrant que la fortune des milliardaires a augmenté chaque jour de 2,5 milliards de dollars l’année dernière, pendant que la moitié la plus pauvre de l’humanité perdait 500 millions de dollars par jour.

Plus précisément, la fortune des milliardaires a augmenté de 12 % l’an dernier (l’équivalent de 2,5 milliards de dollars par jour), tandis que les 3,8 milliards de personnes qui composent la moitié la plus pauvre de l’humanité ont vu leur richesse diminuer encore de 11 % (soit de 500 millions de dollars par jour).

Le rapport d’Oxfam intitulé « Services publics ou fortunes privées ? » montre à quel point ce fossé qui se creuse entre riches et pauvres nuit à nos économies, en attisant la colère publique dans le monde entier. Il révèle comment les gouvernements exacerbent les inégalités, d’un côté en sous-finançant les services publics, tels que la santé et l’éducation, et de l’autre en sous-imposant les grandes entreprises et les individus fortunés et en renonçant à combattre efficacement le recours aux paradis fiscaux. Il conclut également que les femmes et les filles sont les plus durement touchées par la hausse des inégalités économiques.

Le Québec n’est pas épargné

Oxfam-Québec rappelle que ces inégalités n’épargnent pas notre province. À titre d’exemple, en 2016, la présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Denise Fortin, affirmait que l’espérance de vie des citoyennes et citoyens qui habitent certains quartiers de l’est de Montréal était jusqu’à neuf ans moins longue que dans l’ouest de l’île.


« Chaque Québécoise et Québécois devrait pouvoir accéder à la même qualité d’éducation et aspirer à une carrière à la hauteur de ses attentes, tout en ayant des conditions de vie dignes, quelle que soit la taille de son compte en banque ou son lieu de résidence. Et l’une des voies d’accès à cette équité est que les plus fortunés ne puissent plus se soustraire à l’effort collectif, comme l’a souligné notre récente campagne contre les paradis fiscaux », déclare la directrice générale d’Oxfam-Québec, Denise Byrnes.

« Il y a urgence d’agir ici même. Nos services publics sont mis à mal, et les systèmes à deux vitesses ne cessent de croître, tant en éducation qu’en santé. N’attendons donc pas de perdre nos acquis, gagnés de haute lutte », ajoute madame Byrnes.

Des statistiques éloquentes

Le rapport d’Oxfam révèle que le nombre de milliardaires a presque doublé depuis la crise financière, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours entre 2017 et 2018, alors que les taux d’imposition des individus fortunés et des grandes entreprises n’ont jamais été aussi bas depuis des décennies.

  • Demander aux 1 % les plus riches de payer seulement 0,5 % d’impôt en plus sur leur fortune permettrait de récolter plus d’argent qu’il n’en faut pour assurer l’éducation des 262 millions d’enfants déscolarisés et de fournir les soins médicaux pouvant sauver la vie de 7 millions de personnes.
  • En 2015, pour chaque dollar de recettes fiscales perçues dans le monde, seulement quatre cents proviennent d’impôts sur la fortune, comme les impôts sur la succession ou sur le patrimoine. Dans beaucoup de pays riches, ces types d’impôts ont été réduits, voire éliminés, alors que dans les pays en développement, ils sont à peine appliqués.
  • Les taux d’imposition des individus fortunés et des grandes entreprises ont quant à eux été baissés de façon spectaculaire. Par exemple, le taux maximum de l’impôt sur le revenu des particuliers dans les pays riches est passé de 62 % en 1970 à seulement 38 % en 2013. Le taux moyen dans les pays pauvres est de seulement 28 %.
  • Dans le même temps, les services publics souffrent d’un sous-financement chronique ou sont sous-traités à des entreprises privées auxquelles n’ont pas accès les personnes les plus pauvres. Dans de nombreux pays, l’accès à l’éducation ou aux soins médicaux de qualité est devenu un luxe auquel seuls les riches peuvent prétendre. Tous les jours, 10 000 personnes meurent faute d’accès à des soins médicaux abordables.

Les femmes et les filles en paient le prix

Lorsque les services publics sont négligés, ce sont les femmes et les jeunes filles pauvres qui en souffrent le plus. Dans trop de pays, les filles sont les premières à être déscolarisées lorsque l’argent manque pour payer les frais de scolarité, et les femmes consacrent davantage d’heures de travail non rémunéré à s’occuper de parents malades lorsque les systèmes de santé sont défaillants.

« Il est totalement inadmissible qu’encore aujourd’hui des femmes meurent en couches ou qu’elles perdent leur bébé à la naissance, en raison de soins insuffisants ou inappropriés, comme c’est le cas de Pratima, une femme rencontrée par Oxfam dans l’Est de l’Inde et qui a perdu ses jumeaux à la naissance. S’il est vrai que “ Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ”, il est temps que cet article de la Déclaration universelle des droits de l’homme s’inscrive dans la réalité, tant au Sud qu’au Nord », s’indigne Denise Byrnes, directrice générale dOxfam-Québec.

Oxfam estime ainsi que si toutes les activités d’assistance et de soins non rémunérées effectuées par les femmes à travers le monde étaient assurées par une seule et même entreprise, son chiffre d’affaires annuel s’élèverait à 10 000 milliards de dollars, soit 43 fois celui d’Apple, la plus grande entreprise au monde.

« Les gouvernements doivent maintenant mettre en œuvre des changements réels, en veillant à ce que les individus fortunés et les grandes entreprises paient leur juste part d’impôt et en investissant cet argent dans des services de santé et d’éducation gratuits qui répondent aux besoins de toutes et tous, y compris ceux des femmes et des filles qui sont si souvent négligées. Les gouvernements ont les moyens de bâtir un avenir meilleur pour toutes et tous, pas seulement pour une minorité de privilégiés, » conclut Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International

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