Déjà en 2017, la résurgence de la violence avait forcé le déplacement de près de 350 000 personnes dans la province d’Ituri. Sur la photo, 50 000 personnes sont accueillies sur le camp de personnes déplacées, sur le site de l’Hôpital général de Bunia, en RDC. Date : septembre 2018. Crédits : John Wessels/Oxfam.

Urgence en République démocratique du Congo : 360 000 personnes ont besoin d’aide dans la région de l’Ituri

Montréal, 17 octobre 2019 – Onze organisations humanitaires avertissent la communauté internationale que des centaines de milliers de personnes de la région de l’Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), se retrouvent dans une situation de grande vulnérabilité après avoir dû abandonner leur foyer pour échapper aux violences.

Cinq mois après la résurgence de violences épouvantables, et en raison de conditions de vie extrêmement difficiles dans la région, des maladies évitables comme la rougeole tuent de nombreuses personnes chaque jour, comme l’affirment dans une déclaration conjointe 11 organisations actives sur le terrain, dont Oxfam.

Plus de 360 000 personnes ont été contraintes de fuir pour sauver leur vie, abandonnant leurs maisons aux assaillants. La plupart des populations déplacées vivent dans des familles d’accueil vulnérables. D’autres sont réfugiées à l’étroit dans des églises et des écoles, ou tentent de survivre dans des camps de fortune surpeuplés.

 
D’après les organisations humanitaires, il arrive dans certains cas que 500 personnes doivent partager une seule toilette. Beaucoup dorment à même le sol dans des abris précaires qui n’offrent qu’une protection relative contre les fortes pluies. Ces conditions de vie augmentent également les risques de violences sexuelles à l’égard des femmes et des filles : « Avec un grand nombre de personnes vivant dans des camps ou familles d’accueil surpeuplés et des taux de malnutrition élevés, tous les ingrédients sont réunis pour favoriser la propagation rapide des maladies », déclare Martine Villeneuve, directrice du Conseil danois pour les réfugiés en RDC.

Une violence inouïe

Depuis mai dernier, des centaines de personnes ont été tuées au cours d’agressions d’une violence inouïe perpétrées par des hommes armés dans les territoires de Djugu et de Mahagi.

Les organisations humanitaires demandent l’octroi d’une protection à toute la population civile et l’arrêt immédiat des violences. Une villageoise, Marie, témoigne de l’horreur qu’elle a vécue : « Ils sont arrivés à 10 h du matin. Certains tiraient des coups de feu en l’air, tandis que d’autres coupaient la tête des gens avec des machettes et des couteaux. Ils ont encerclé le village et brûlé toutes les maisons. Ils ont décapité mes enfants et ma mère aussi. C’est un miracle que j’aie réussi à m’échapper. »


La recrudescence de la violence, dont les causes sont multiples et complexes, a ravivé les tensions existantes entre les différentes communautés.

État d’urgence alimentaire

Beaucoup de villageoises et de villageois étaient sur le point de faire leurs récoltes, mais ont été contraints d’abandonner leurs champs à cause des violences. La situation ne cesse de se détériorer à l’approche de la période de soudure, cette période juste avant les premières récoltes et où le grain de la récolte précédente est épuisé. Les prix de certains aliments ont d’ores et déjà doublé, condamnant encore plus de personnes à souffrir de la faim. Près de la moitié de la population de la zone touchée est confrontée à un état d’urgence alimentaire.

Comme l’affirme Corinne N’Daw, directrice pays Oxfam en RDC : « De nombreux enfants souffrent de malnutrition. La plupart des gens ont tout perdu et ont été témoins des pires atrocités. Maintenant ils sont confrontés à un terrible dilemme : se retrouver sans rien à manger ou risquer leur vie en retournant dans leurs champs. »

Étant donné que la population est dispersée sur de grandes distances dans des régions reculées, les 11 organisations soulignent qu’il est extrêmement difficile de venir en aide à toutes les personnes qui en ont besoin.

Des besoins loin d’être atteints en 2019

Aucune leçon n’a été tirée de la précédente crise de 2018, lorsque le manque de fonds et l’insécurité rampante avaient empêché les organisations humanitaires de venir en aide à toute la population qui en avait besoin. Dix mois après le début de l’année 2019, la RDC n’a reçu que 35 % des fonds nécessaires dans un pays où 15,6 millions de personnes sont touchées par une grave insécurité alimentaire. La situation en Ituri n’est que l’une des multiples crises humanitaires qui affectent la République démocratique du Congo, dont fait partie l’épidémie à virus Ébola déclarée urgence sanitaire mondiale il y a trois mois.


Cette année, Oxfam est venue en aide à 1,3 millions de personnes en RDC. Face à l’ampleur des besoins et au manque de financements, Oxfam relance un appel aux dons pour alimenter son fonds d’urgence. Les dons peuvent se faire à l’adresse suivante : https://www.jedonneenligne.org/oxfamquebec/RDCURG/

Source :

Camille Garnier
Agent aux relations médiatiques et publiques, Oxfam-Québec
514 513-0506
camille.garnier@oxfamquebec.com

Note aux journalistes

  • La déclaration conjointe a été signée par 11 ONG répondant à la crise humanitaire en Ituri : Action contre la faim, AVSI (Association des volontaires pour le service international), le Conseil danois pour les réfugiés, Intersos, Mercy Corps, le Conseil norvégien pour les réfugiés, Oxfam, Tearfund, Solidarités International, Trócaire et Welthungerhilfe.
  • Dernière données du cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) pour la RDC, publiées en août 2019 : http://www.ipcinfo.org/ipc-country-analysis/details-map/en/c/1152131/

Le nombre de personnes tuées en Ituri fait toujours l’objet de discussions et aucun chiffre définitif n’a encore été arrêté. Le Bureau conjoint pour les droits de l’homme a enregistré 117 décès en deux jours, les 10 et 11 juin, dans le territoire de Djugu et à Mahagi. Cependant, selon les estimations des autorités locales, le nombre de victimes s’élèverait à au moins 460. Ces chiffres ne tiennent pas compte des meurtres qui ont été commis depuis lors, ni des attaques qui se sont produites fin mai 2019 à la frontière entre Djugu et Mahagi sur le lac, dans lesquelles la société civile à Ramogi estime que plus de 150 personnes ont trouvé la mort.

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