Badr Abdulla récupère de l'eau potable. Sortie de l'unité de dessalement d'Oxfam, elle permet à la communauté de Khor Oromia, au Yémen, de mieux couvrir ses besoins de base. Photo: Pablo Tosco / Oxfam.

5 ans de guerre au Yémen: la COVID-19 impose un nouveau défi à ce pays déjà dévasté

Montréal, 24 mars 2019 – La récente recrudescence des combats au Yémen, la saison des pluies qui approche et le resserrement des frontières en raison de la pandémie mondiale de COVID-19 ne laissent pas entrevoir la fin du bilan quotidien des morts, des maladies et des déplacements de la population cinq ans après l’escalade du conflit.

Des civils meurent dans des affrontements depuis que la coalition saoudienne est entrée en guerre pour soutenir le gouvernement reconnu internationalement contre les Houthis. Beaucoup d’autres ont succombé à la maladie et à la faim pendant cette période.

À chaque heure au cours des cinq dernières années :

  • Plus de 90 personnes ont dû fuir leur domicile
  • Plus de 50 cas présumés de choléra ont été signalés
  • Près de 100 personnes se sont ajoutées au nombre souffrant déjà de malnutrition.

« Les Yéménites subissent depuis 5 ans la guerre, les maladies et les déplacements forcés. S’ajoute à cela la menace croissante de la pandémie mondiale de coronavirus. Il est absolument essentiel que les parties impliquées conviennent d’un cessez-le-feu national au plus vite et incluent la population yéménite à la table de négociations pour mettre en place une paix durable », souligne Céline Furi, coordonnatrice humanitaire chez Oxfam-Québec.

COVID-19 : un nouveau défi

Le coronavirus représente un nouveau défi pour le Yémen. Les vols pour entrer au pays et en sortir sont suspendus, ce qui limite les déplacements de certaines travailleuses et certains travailleurs humanitaires qui interviennent face à la crise humanitaire.

Seulement 50 % des centres de santé sont en activité et même ceux-ci font face à de graves pénuries de médicaments, d’équipements et de personnel. Près de 17 millions de personnes, plus de la moitié de la population, n’ont pas accès à l’eau potable.

La saison des pluies qui approche pourrait entraîner une nouvelle vague de l’épidémie de choléra au Yémen, laquelle a déjà enregistré les deux plus grands nombres de cas signalés dans un pays en une seule année, soit en 2017 et 2019.

Selon Muhsin Siddiquey, directeur d’Oxfam pour le Yémen : « Si la communauté internationale est à juste titre préoccupée par la protection de ses citoyennes et citoyens contre le coronavirus, elle a une responsabilité envers le peuple du Yémen. »

Des combats qui s’intensifient depuis janvier

Entre le 26 mars 2015 et le 7 mars 2020, 12 366 civils ont été tués. Après une atténuation des hostilités vers la fin de 2019, les combats se sont à nouveau intensifiés dans les gouvernorats de Sanaa, Marib et Aljawf en janvier et février 2020.

Par conséquent, l’ONU estime que 35 000 civils ont dû fuir leurs maisons. Ils ont rejoint plus de quatre millions de Yéménites qui s’étaient déjà déplacés vers des camps de fortune ou d’autres communautés à travers le pays depuis 2015. Cela signifie que plus de 90 personnes ont dû fuir leur maison chaque heure du conflit au cours des cinq dernières années.

Depuis le début de l’épidémie de choléra en 2017, il y a eu plus de 2,3 millions de cas présumés de la maladie et plus de 50 par heure au cours des cinq dernières années. Compte tenu du fait que la saison des pluies doit commencer en avril, le nombre de cas risque d’augmenter à nouveau. Selon les prévisions d’Oxfam, il pourrait y avoir un peu plus d’un million de cas en 2020.

Le nombre de personnes souffrant de malnutrition a augmenté de 4,7 millions au cours des cinq dernières années, soit plus de 100 personnes par heure.

Anne Duhamel, directrice des politiques chez Oxfam-Québec rappelle : «La crise humanitaire du Yémen est entièrement causée par les humains, non seulement par les parties en guerre, mais aussi par les gouvernements qui choisissent de jeter de l’huile sur le feu en leur vendant des armes. Après 5 ans de guerre, il est temps que le Canada réponde à l’appel du Rapport du groupe d’experts de l’ONU sur le Yémen qui confirmait en septembre 2019 qu’au cours des cinq dernières années, le conflit au Yémen avait donné lieu à de multiples crimes de guerre. Le rapport demandait à tous les gouvernements de cesser de vendre des armes aux parties au conflit. Le Canada doit mettre fin à son contrat de vente de véhicules blindés légers à l’Arabie saoudite, puisque les risques d’utilisation contre les civils yéménites sont très élevés. La situation humanitaire au Yémen est catastrophique, et la pandémie actuelle aggravera la situation. Notre gouvernement doit prendre ses responsabilités et agir maintenant.»


Notes aux rédactions :

  • Sous la direction de l’OMS et du ministère de la Santé au Yémen, Oxfam envisage de réagir à la menace du COVID-19 au Yémen en formant des bénévoles de la santé communautaire pour sensibiliser les gens au virus et à la manière de le prévenir.
  • Les données sur le nombre de décès de civils sont accessibles sur le site du projet Armed Conflict Location and Event Data (ACLED).
  • Les données sur le nombre de personnes déplacées proviennent de la matrice de suivi des déplacements de l’Organisation internationale pour les migrations. Leurs rapports révèlent qu’au moins 4,03 millions de personnes ont été déplacées au Yémen entre le 26 mars 2015 et le 7 mars 2020.
  • Les données sur le nombre de cas présumés de choléra sont accessibles sur le tableau de bord interactif de l’OMS. Ces données indiquent qu’il y a eu 2 325 812 de cas présumés entre le 26 mars 2015 et le 5 mars 2020.
  • Les données sur le nombre de personnes classées comme sous-alimentées proviennent de l’état d’insécurité alimentaire dans le monde de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui entre décembre 2014 et décembre 2019 a révélé une augmentation de 6,3 millions de personnes à 11 millions de personnes.