Une femme regarde un portrait de son mari décédé lors des d'échange de tirs à Taïz, au Yémen. Nuha* (prénom fictif), veuve et mère de huit enfants vit avec ces derniers dans une petite chambre dans la ville de Taïz. Elle regarde ici un portrait de son mari, tué dans un échange de tirs.

Yémen : des victimes quotidiennes malgré l’Accord de Stockholm

Montréal, le 13 décembre - Quatre civils sont tués ou blessés quotidiennement dans les gouvernorats de Hodeïda et de Taïz au Yémen depuis la signature par les parties belligérantes d’un accord de paix, il y a aujourd’hui deux ans, le 13 décembre 2018.

Négocié par les Nations unies, l’Accord de Stockholm comportait trois sections et prévoyait un cessez-le-feu à Hodeïda, de même que la formation d’un comité mixte pour régler la situation de Taïz, une ville véritablement assiégée depuis l’intensification du conflit, en 2015.

Depuis la signature de l’accord, on dénombre 2 136 victimes parmi les civils et 592 décès dans les deux gouvernorats, soit l’équivalent de quatre civils tués ou blessés chaque jour. Les données sur les décès et les victimes chez les civils, qui proviennent du Civilian Impact Monitoring Project, couvrent la période du 14 décembre 2018 au 31 octobre 2020.

« Le conflit yéménite, qui dure depuis 5 ans, constitue la pire crise humanitaire au monde, rappelle la coordonnatrice humanitaire d’Oxfam-Québec, Céline Füri. La communauté internationale doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer que les accords de paix comme celui de Stockholm, ainsi que le cessez-le-feu international réclamé par le Secrétaire général des Nations unies en mars dernier soient respectés. »

Oxfam-Québec a interpellé à ce titre le gouvernement canadien à de nombreuses reprises, l’appelant à prendre ses responsabilités en cessant ses exportations de matériel militaire vers l’Arabie saoudite. Par ailleurs une pétition lancée par Oxfam-Québec sur le sujet a recueilli près de 3 000 signatures.

Un accord historique pour rien ? 

C’est dans le cadre des discussions de Stockholm qu’avait eu lieu la première rencontre en plus de deux ans entre le gouvernement internationalement reconnu du Yémen et les dirigeants Houthi, et cette rencontre représentait une occasion importante de poursuivre les discussions. Cependant, deux ans plus tard, les résultats des pourparlers de paix ne se font sentir que partiellement sur place.

Des progrès ont été réalisés en lien avec les deux premiers volets de l’accord : l’Accord de Stockholm est largement reconnu comme ayant permis d’éviter un important assaut contre la ville de Hodeïda et, en octobre 2020, un pas important a été franchi lors de la libération, par les parties belligérantes, de plus de 1 000 prisonniers. L’envoyé spécial des Nations unies a toutefois indiqué que des milliers de personnes détenues dans le cadre du conflit n’avaient toujours pas été libérées.

Aucun effort concerté n’a été fait pour faire avancer la mise en œuvre de l’entente sur la ville de Taïz, et ce, même si 24 mois se sont écoulés depuis sa signature. Il n’y a pas beaucoup d’autres endroits au Yémen où le conflit a eu d’aussi graves répercussions sur la vie des citoyens yéménites que dans le gouvernorat de Taïz. Celui-ci a été le centre de certains des combats les plus intenses jamais connus au Yémen, principalement entre les Houthi et le gouvernement internationalement reconnu, appuyé par une coalition entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.