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Les pays développés auraient déclaré le triple de l’aide réelle fournie en financement contre la crise climatique

Montréal, le mardi 20 octobre - La valeur réelle des financements fournis par les pays développés afin d’aider les pays en développement à faire face à la crise climatique pourrait ne représenter qu’un tiers de ce qu’ils ont déclaré, selon les estimations d’Oxfam publiées aujourd’hui.

Dans son nouveau rapport 2020 : les vrais chiffres des financements climat, Oxfam indique que les bailleurs de fonds ont déclaré 78,2 milliards de dollars canadiens de financements climat par an en moyenne sur la période 2017-2018 (dernières données disponibles).

Cependant, la valeur réelle du soutien apporté à l’action climatique pourrait ne représenter que 25 à 28,9 milliards de dollars canadiens par an, déduction faite des remboursements de prêts, des intérêts et autres surestimations. L’analyse d’Oxfam est publiée en amont d’un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les progrès réalisés par les pays développés afin d’atteindre l’objectif de mobiliser 100 milliards de dollars de financements climat par an d’ici 2020.

Sur la totalité des financements climat publics déclarés, 80 % n’a pas été fournie sous forme de subventions, mais principalement sous forme de prêts (soit 61,8 milliards de dollars canadiens). Environ la moitié de ces financements (31,5 milliards de dollars canadiens) étaient non concessionnels, c’est-à-dire offerts selon des termes peu généreux. Selon les calculs d’Oxfam, la « part dons », à savoir la vraie valeur des prêts, déduction faite des remboursements et intérêts, représentait moins de la moitié des chiffrés déclarés.

L’estimation d’Oxfam des 25 à 28,9 milliards de dollars canadiens concernant la valeur réelle du soutien apporté à l’action climatique tient compte également des surestimations liées à des financements climat alloués à des projets dans lesquels l’action climatique ne représentait qu’une partie d’un projet de développement plus large.

Par ailleurs, l’analyse soulève de sérieuses préoccupations quant à la façon dont les pays développés allouent les financements climat. Sur la totalité des financements climat publics déclarés en 2017-2018, Oxfam estime que :

  • Environ un cinquième (20,5 %) des financements ont été alloués aux pays les moins avancés et seulement 3 % aux petits États insulaires en développement, qui sont les plus gravement menacés par le changement climatique et ont le moins de ressources pour y faire face.
  • Seuls un quart (25 %) des financements ont été consacrés à aider les pays à s’adapter aux impacts de la crise climatique tandis que 66 % des fonds ont servi à aider les pays à réduire leurs émissions. Cependant, les financements consacrés à l’adaptation ont considérablement augmenté, passant de 9 milliards par an en 2015-2016 à 15 milliards de dollars par an en 2017-2018.

« Les financements climat constituent une bouée de sauvetage pour les communautés confrontées à un nombre sans précédent de canicules, de tempêtes et d’inondations dévastatrices. Même en pleine lutte contre la COVID-19, les gouvernements doivent impérativement ne pas perdre de vue la menace grandissante que constitue les changements climatiques. »
— Tracy Carty, experte des politiques climatiques pour Oxfam ayant participé à l’élaboration du rapport.

« Le recours excessif aux prêts dans le cadre des financements climatiques est clairement problématique. Les pays les plus pauvres du monde, dont la plupart sont déjà confrontés à des niveaux intenables d’endettement, ne devraient pas être contraints de contracter des prêts pour faire face à une crise climatique dont ils ne sont pas responsables. »
— Catherine Caron, agente principale de campagnes d’Oxfam-Québec.

À ce titre, une lettre présentant les faits saillants du rapport 2020 : les vrais chiffres des financements climat ainsi que plusieurs recommandations sera envoyé dans les prochaine heures par Oxfam-Québec et Oxfam Canada aux ministres fédéraux du Développement international, de l'Environnement et du Changement climatique et des Finances ainsi qu’à plusieurs autres personnalités politiques.

Le rapport montre également que certains pays parviennent mieux que d’autres à fournir des financements climat sous forme de subventions plutôt que sous forme de prêts. Alors que la France a fourni près de 97 % (6,05 milliards de dollars canadiens) de ses financements climat bilatéraux sous forme de prêts et instruments autres que des subventions, avec une part dons de seulement 1,7 milliard de dollars (27 %), la Suède, le Danemark et le Royaume-Uni ont fourni la vaste majorité de leurs financements climat sous forme de subventions.

Le Japon a déclaré avoir investi dans une centrale à charbon « efficiente » au Bangladesh dans le cadre de ses financements climat, mais conformément aux rapports précédents de l’OCDE sur les financements climat, cela n’est pas inclus dans l’estimation globale d’Oxfam (78,2 milliards de dollars).

« Les pays développés doivent fournir davantage de financements climat sous forme de subventions plutôt que de prêts, allouer plus de financements à l’adaptation et privilégier les pays les plus vulnérables, y compris les pays les moins avancés et les petits États insulaires en développement. Ils doivent également profiter de la Conférence sur le climat de la COP26 qui aura lieu à Glasgow en novembre 2021 pour définir une nouvelle voie pour les financements climat après 2020. Pour ce faire, ils devront s’entendre sur de nouvelles normes de comptabilisation solides et sur un objectif spécifique pour le financement de l’adaptation. »
— Tracy Carty, experte des politiques climatiques pour Oxfam.

Pour une relance plus verte, juste et inclusive :

NOTES

  • L’analyse est publiée en amont de la mise à jour de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) des estimations et des analyses des financements climat fournis et mobilisés par les pays développés attendue dans les prochaines semaines.
  • En 2009, les pays développés se sont engagés à mobiliser 131,4 milliards de dollars canadiens par an de financements climat d’ici 2020 afin d’aider les pays en développement à s’adapter aux impacts des changements climatique set à réduire leurs émissions de carbone. Lors de la COP26 à Glasgow l’année prochaine, les pays devront entamer des négociations sur un ou plusieurs objectifs afin de remplacer celui des 131,4 milliards, en vigueur à partir de 2025.
  • Le chiffre de 78,2 milliards de dollars est une moyenne des financements climat déclarés en 2017 et 2018 par les gouvernements des pays développés, les banques multilatérales de développement, les fonds multilatéraux pour le climat et d’autres organisations auprès de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et de l’OCDE, et comptant pour l’objectif des 131,4 milliards de dollars. Il s’agit des chiffres disponibles, les plus récents.
  • Le chiffre de 25 à 28,9 milliards de dollars avancé par Oxfam comprend l’estimation de la part en dons des financements climat déclarés et non la valeur initiale des prêts et instruments autres que des subventions. Il tient compte également des surestimations des financements climat lorsque l’action climatique représente seulement un élément d’un projet de développement plus large.
  • Il s’agit du troisième rapport de la série d’Oxfam sur les vrais chiffres des financements climat. Les financements climat publics déclarés sont passés de 58,5 milliards de dollars par an en 2015 et 2016 (OCDE) à environ 78,2 milliards de dollars par an en 2017 et 2018. L’estimation d’Oxfam de l’assistance nette spécifique au climat affiche une augmentation plus légère de 19,7 à 25,6 milliards de dollars par an en 2015 et 2016 à 25 à 28,9 milliards de dollars par an en 2017 et 2018.

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