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Dans les pays pauvres, 9 personnes sur 10 n’auront pas accès au vaccin contre la COVID-19 l’année prochaine

8 décembre 2020 - Pendant ce temps, les pays les plus riches ont réservé suffisamment de doses pour vacciner près de trois fois l’ensemble de leur population, indique un groupe d’organisations de la société civile.

Près de 70 pays pauvres ne pourront vacciner qu’une personne sur dix contre la COVID-19 l’année prochaine, à moins que les gouvernements et l’industrie pharmaceutique ne prennent d’urgence des mesures pour garantir une production de doses en quantité suffisante. C’est le signal d’alarme que lance l’Alliance en faveur d’un vaccin universel (la People’s Vaccina Alliance) dont fait partie Oxfam parmi d’autres organisations de la société civile.

À l’opposé, les pays riches ont acheté assez de doses pour vacciner l’ensemble de leur population près de trois fois avant la fin 2021, si tous les vaccins qui font actuellement l’objet d’essais cliniques sont approuvés. Le Canada arrive en tête avec suffisamment de doses pour vacciner chaque membre de sa population cinq fois. Les pays riches, qui ne représentent que 14 % de la population mondiale, ont réservé 53 % des doses des vaccins les plus prometteurs jusqu’à présent, selon des données actualisées.

L’Alliance en faveur d’un vaccin universel, comprend Amnesty International, Frontline AIDS, Global Justice Now et Oxfam. Ces organisations se sont servies des données recueillies par la société d’information et d’analyse scientifique Airfinity pour analyser les accords conclus entre les États et les huit principaux producteurs de vaccins expérimentaux. Il apparaît ainsi que 67 pays à revenus faible et intermédiaire de la tranche inférieure risquent d’être laissés-pour-compte alors que les pays riches préparent leur échappatoire à la pandémie.

Partager le savoir

« Personne ne devrait se voir privé d’un vaccin en raison de ses moyens, de sa nationalité ou de son lieu de résidence, affirme Denise Byrnes, directrice d’Oxfam-Québec. Pourtant, c’est ce qui risque d’arriver aujourd’hui à plusieurs milliards de personnes dans le monde à moins d’une évolution rapide et radicale de la situation.»

« Toutes les sociétés pharmaceutiques et tous les instituts de recherche qui œuvrent actuellement à la mise au point d’un vaccin doivent partager les connaissances scientifiques, le savoir-faire technologique et la propriété intellectuelle qui sous-tendent leur vaccin afin que suffisamment de doses sûres et efficaces puissent être produites, ajoute Heidi Chow, de Global Justice Now. Les gouvernements doivent également veiller à ce que l’industrie pharmaceutique fasse passer la vie des gens avant les profits ».

Le vaccin Pfizer/BioNTech a déjà été approuvé au Royaume-Uni et la campagne de vaccination débutera cette semaine. Il est probable que ce vaccin soit approuvé dans les prochains jours par d’autres pays, dont les États-Unis. Deux autres candidats-vaccins, produits par Moderna et l’Université d’Oxford Université (en partenariat avec AstraZeneca), devraient être soumis sous peu à une demande d’approbation réglementaire ou sont dans l’attente de l’obtenir. Le vaccin russe Spoutnik semble offrir des résultats prometteurs et quatre autres candidats sont en phase 3 d’essais cliniques.

Jusqu’à présent, toutes les doses du vaccin Moderna et 96 % de celles du vaccin Pfizer/BioNTech ont été acquises par des pays riches. Il faut souligner en revanche que le partenariat Université d’Oxford/AstraZeneca s’est engagé à fournir 64 % de ses doses aux populations des pays en développement. Toutefois, malgré les mesures qui ont été prises pour pouvoir produire des doses à grande échelle, ce vaccin ne pourra être administré qu’à 18 % de la population mondiale tout au plus l’année prochaine. D’autre part, les accords conclus par l’Université d’Oxford/AstraZeneca ne concernent pour la plupart que de grands pays en développement comme la Chine et l’Inde, tandis que la majorité des pays en développement n’ont pas passé d’accords et vont devoir se partager le stock de vaccins de l’initiative COVAX.

Cela démontre qu’une entreprise ne peut espérer approvisionner à elle seule le monde entier et que, pour parvenir à une vaccination universelle, il est impératif que les producteurs de vaccins partagent librement leurs technologies.

Un accaparant des vaccins injuste et immoral

L’Alliance en faveur d’un vaccin universel appelle toutes les sociétés pharmaceutiques qui travaillent sur des vaccins contre la COVID-19 à partager ouvertement leurs technologies et leur propriété intellectuelle par l’intermédiaire du Groupement d’accès aux technologies contre la COVID-19 de l’Organisation mondiale de la santé, afin que des milliards de doses supplémentaires puissent être fabriquées et que des vaccins sûrs et efficaces puissent être mis à la disposition de toutes les personnes qui en ont besoin.

L’Alliance appelle également les gouvernements à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que le vaccin contre la COVID-19 soit considéré un bien public international, gratuit pour la population, distribué équitablement et en fonction des besoins.

D’après Steve Cockburn, responsable Justice économique et sociale chez Amnesty International : « L’accaparement des vaccins sape les efforts déployés à l’échelle mondiale pour faire en sorte de protéger chaque individu, partout, contre la COVID-19. En acquérant la grande majorité de la production mondiale de vaccins, les pays riches contreviennent à leurs obligations en matière de droits humains. »

Les vaccins mis au point par AstraZeneca/Université d’Oxford, Moderna et Pfizer/BioNTech ont reçu plus de 5 milliards de dollars de financement public, ce qui, selon l’Alliance en faveur d’un vaccin universel, confère à ces sociétés la responsabilité d’agir dans l’intérêt public mondial.

L’appel en faveur d’un vaccin universel est soutenu par un large éventail de personnalités, parmi lesquelles des personnes rescapées de la COVID-19, des personnes expertes de la santé, militantes, des dirigeantes et dirigeants politiques, des cheffes et chefs religieux et des économistes, notamment Thomas Piketty, Joseph Stiglitz, Cyril Ramaphosa, Imran Khan, Ellen Johnson Sirleaf, Gordon Brown, Helen Clark, Mary Robinson, et John Nkengasong.

 

Notes aux rédactions :

  • Tous les chiffres présentés ici sont fondés sur le fait que la vaccination contre la COVID-19 requiert l’administration de deux doses de vaccin à chaque individu, à l’exception du vaccin de Johnson & Johnson, qui est à dose unique.
  • En ce qui concerne le Canada, les chiffres sont les suivants : le pays a sécurisé selon les données de la société d’information et d’analyse scientifique Airfinity 300 millions de doses de vaccin requérant l’administration de deux doses de vaccin à chaque individu, ainsi que 38 millions de doses du vaccin de Johnson & Johnson, qui est à dose unique. Le total (338 millions de doses) permettrait de vacciner 188 millions de personnes, soit environ cinq fois la population du Canada (37 589 000 personnes).
  • L’Alliance en faveur d’un vaccin universel (Peoples’ Vaccine Alliance) est une coalition d’organisations de la société civile et de personnes militantes à l’échelle locale et mondiale unies autour d’un objectif commun : faire campagne pour un vaccin universel. Cet appel en faveur d’un vaccin universel est soutenu par des personnes rescapées de la COVID-19, des personnes expertes de la santé, des personnes militantes, des dirigeantes et dirigeants politiques, des cheffes et chefs religieux et des économistes. Pour de plus amples informations, veuillez consulter le site https://peoplesvaccine.org.
  • Les estimations présentées ici ont été calculées après analyse des données de la société d’information et d’analyse scientifique Airfinity pour le mois de novembre 2020. L’affirmation statistique « 9 personnes sur 10 n’auront pas accès aux vaccins dans 67 pays » repose sur le fait que, en l’état actuel des choses, 30 pays à faible revenu et 37 pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ne pourront avoir accès à un vaccin que par le biais de la garantie de marché (advance market commitment) de COVAX. Ces 67 pays n’incluent pas un certain nombre de pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, l’Indonésie et le Vietnam, qui ont également conclu leurs propres accords bilatéraux. Jusqu’à présent, la garantie de marché de COVAX porte sur 700 millions de doses fournies par les principaux producteurs de vaccins candidats, à répartir entre les 92 pays qui ont répondu à l’appel. La statistique a été calculée en divisant ces 700 millions de doses par la population de ces 92 pays (soit 3,6 milliards de personnes), puis en divisant le total obtenu par deux, étant donné que, pour les vaccins obtenus à travers la garantie de marché de COVAX, deux doses sont nécessaires pour vacciner chaque individu. Les détails de la garantie de marché de COVAX sont disponibles ici : https://www.gavi.org/news/media-room/92-low-middle-income-economies-eligible-access-covid-19-vaccines-gavi-covax-amc
  • Ces 67 pays sont les suivants : Afghanistan, Angola, Algérie, Bénin, Bhoutan, Burundi, Burkina Faso, Cap-Vert, Cambodge, Cameroun, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Eswatini, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Haïti, Îles Salomon, Kenya, Kiribati, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Micronésie, Moldavie, Mongolie, Mozambique, Myanmar, Niger, Nigeria, Pakistan, Papouasie-Nouvelle-Guinée, République centrafricaine, RDP Lao, République démocratique du Congo, République du Congo (Brazzaville), République kirghize, République populaire démocratique de Corée, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan du Sud, Sri Lanka, Soudan, Syrie, Tadjikistan, Tanzanie, Tchad, Timor Leste, Togo, Tunisie, Ouganda, Ukraine, Vanuatu, Cisjordanie et Gaza, Yémen, Zambie, Zimbabwe.
  • Les calculs relatifs à la proportion des doses pour les pays riches et les pays pauvres reposent sur l’analyse des données issues des accords d’approvisionnement recueillies par Airfinity. Nous avons tenu compte des candidats-vaccins qui sont actuellement en phase 3 d’essais cliniques et qui ont fait l’objet d’importants accords d’approvisionnement avec des pays du monde entier, en recoupant ces données avec les sources originales. Ces vaccins sont au nombre de huit : Astra Zeneca/Université d’Oxford, Novovax, Johnson & Johnson, Sanofi/GSK, Pfizer/BioNTech, Gamaleïa/Spoutnik, Moderna et Sinovac.