Akisneem vit au Ghana, un pays qui dépense 11 fois plus pour rembourser sa dette que pour financer la santé publique. Photo: Nana Kofi Acquah | Oxfam.

Suspension de la dette: un premier pas qui reste insuffisant pour les pays en développement

Montréal, le 15 avril 2020 – Oxfam-Québec se réjouit de la décision prise par le G20 aujourd’hui de suspendre provisoirement la dette de plusieurs pays en développement face à la crise économique engendrée par la pandémie de COVID-19. Cependant, cette annonce est encore insuffisante. Oxfam-Québec réclame une annulation de la dette des pays en développement pour l’année en cours.

Pour Anne Duhamel, directrice des politiques et campagnes d’Oxfam-Québec :

« Cette annonce représente un pas important qui permettra aux pays concernés de rediriger des milliards de dollars dans la lutte contre la COVID-19. Cependant, elle est encore insuffisante. En effet, l’Organisation des Nations unies estime que les pays en développement auront besoin d’une annulation de leur dette de plus de mille milliards de dollars canadiens pour affronter la crise. Par ailleurs, des pays comme le Liban et l’Équateur se retrouvent exclus de cette annonce, alors qu’eux aussi manquent cruellement de moyens pour sauver des vies et faire face aux conséquences de ce qui s’annonce comme la pire crise économique depuis les années 1930 selon le Fonds monétaire international. »

La suspension de la dette à rembourser aux pays riches n’est qu’une des pièces du casse-tête économique auquel sont confrontés les pays en développement. Ces derniers doivent également d’importantes sommes à des banques et investisseurs privés, à Londres et New-York. Ces créanciers devraient être contraints d’effacer les dettes en question par des recours en justice et non sur la simple base de leur bonne volonté. D’autres paiements sont dûs aux institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale et ceux-ci devraient être annulés pour toute l’année 2020. Pour financer cette annulation, le FMI pourrait notamment vendre une partie de son importante réserve d’or, dont la valeur a augmenté de plus de 28 milliards de dollars canadiens au cours des trois derniers mois.

Nadia Daar, directrice du bureau de Washington d’Oxfam International :

« Bien que cette suspension de la dette constitue un geste important de la part du G20, il reste beaucoup à faire pour répondre à cette crise d’une ampleur sans précédent et sauver des millions de vies. Le G20 ne doit pas autoriser l’augmentation des sommes à rembourser par les pays en développement durant la suspension accordée. Il doit supprimer l’entièreté des dettes des pays pauvres pour l’année 2020 et ainsi inciter les autres créditeurs à aller dans ce sens. »

Anne Duhamel, directrice des politiques et campagnes d’Oxfam-Québec :

« Nous espérons par conséquent que le ministre des Finances du Canada Bill Morneau répondra à l’appel que nous lui avons lancé dans une lettre envoyée au début de la semaine, l’enjoignant de convaincre ses homologues des pays du G20 d’annuler la dette des pays en développement pour l’année ».


Informations complémentaires :

  • Plus de 200 organisations, dont Oxfam, ont émis un appel à l’annulation de la dette des pays en développement et plus de 750 000 personnes ont signé une pétition en faveur d’un allègement urgent de la dette.
  • En association avec Oxfam, des travailleuses et travailleurs de la santé ont appelé dans une lettre ouverte à l’annulation de la dette des pays en développement afin que ceux-ci puissent dédier davantage d’argent au soutien du personnel de santé en première ligne face à la pandémie.
  • Oxfam a récemment proposé un plan mondial de santé publique et d’intervention d’urgence indiquant plusieurs actions à mettre en place pour augmenter la capacité des systèmes de santé publique et faire face aux conséquences économiques de la pandémie de COVID-19.
  • En complément, le rapport d’Oxfam « Le Prix de la dignité » appelle à un plan de sauvetage pour toutes et tous afin d’aider les pays en développement à faire face à la crise et à reconstruire un monde plus juste. L’allègement de la dette combinée à de courageuses politiques d’aide publique et de justice fiscale font partie des réponses prônées dans ces documents.

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