Ce camp de personnes déplacées situé au Burkina Faso dépasse de 2 à 3 fois ses capacités d'accueil, malgré la pandémie de coronavirus. Photo: Pablo Tosco | Oxfam.

Un demi-milliard de personnes pourraient basculer dans la pauvreté à cause du coronavirus

Montréal, le 9 avril 2020 – Les retombées économiques de la pandémie de coronavirus pourraient précipiter un demi-milliard de personnes supplémentaires dans la pauvreté, si rien n’est fait pour aider les pays en développement, a déclaré aujourd’hui Oxfam. À l’approche de réunions décisives qui auront lieu la semaine prochaine entre la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) d’un côté et entre ministres des Finances du G20 de l’autre, l’organisation appelle les dirigeantes et dirigeants du monde à conclure un « Plan de sauvetage économique pour toutes et tous » afin de maintenir les pays et les communautés pauvres à flot.

Dans son nouveau rapport « Le prix de la dignité », Oxfam présente des analyses récentes indiquant qu’entre 6 et 8 % de la population mondiale pourrait basculer dans la pauvreté alors que les gouvernements mettent à l’arrêt des économies entières afin de maîtriser la propagation du virus. Cela constitue un recul potentiel de dix ans pour la lutte contre la pauvreté, voire de 30 ans dans certaines régions comme l’Afrique sub-saharienne, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Plus de la moitié de la population mondiale pourrait vivre sous le seuil de pauvreté à la suite de la pandémie.

L’analyse, publiée aujourd’hui par l’Institut mondial pour la recherche en économie du développement de l’Université des Nations Unies, a été menée par des chercheuses et chercheurs du King’s College de Londres et l’Université nationale australienne.

Un « Plan de sauvetage économique pour toutes et tous » fournirait aux pays pauvres des subventions en espèces aux personnes ayant perdu leur revenu et permettrait de renflouer les petites entreprises. Ce plan peut être financé par le biais de plusieurs mesures, y compris :

  • L’annulation immédiate du remboursement de la dette des pays en développement en 2020 à hauteur de 1 000 milliards de dollars. Avec une annulation du remboursement de sa dette extérieure en 2020, le Ghana pourrait fournir 20 dollars par mois à chacun des 16 millions d’enfants, de personnes handicapées et de personnes âgées du pays pendant six mois.
  • La création de réserves internationales d’au moins 1 000 milliards de dollars, connues sous le nom de droits de tirage spéciaux, afin d’augmenter considérablement les fonds disponibles pour les pays. En Éthiopie, cela représenterait pour le gouvernement 630 millions de dollars supplémentaires, assez pour augmenter les dépenses de santé publique de 45 %.

Jose Maria Vera, directeur par intérim d’Oxfam International, a déclaré :

« Les retombées économiques dévastatrices de la pandémie se font ressentir partout dans le monde. Mais les populations des pays pauvres, qui peinent déjà à survivre avec des emplois précaires peu rémunérés, ne peuvent compter sur presque aucun filet de sécurité pour ne pas sombrer dans la pauvreté. »

« Les ministres des Finances du G20, le FMI et la Banque mondiale doivent accorder aux pays en développement une injection immédiate de liquidités pour les aider à soutenir les personnes et communautés vulnérables. Ils doivent annuler le remboursement de la dette pour tous les pays en développement en 2020 et encourager les autres créanciers à leur emboîter le pas et émettre au moins 1 000 milliards de droits de tirage spéciaux. »

Les inégalités existantes ont une influence sur l’impact économique de la crise. Les travailleuses et travailleurs les plus pauvres dans les pays riches et pauvres sont moins susceptibles d’occuper un emploi formel, de bénéficier de protections en matière d’emploi comme une indemnité maladie ou la possibilité de télétravailler. Dans le monde, sur cinq personnes sans emploi, une seule a accès à des allocations de chômage. Deux milliards de personnes travaillent dans le secteur informel sans aucun droit à une indemnité maladie. La plupart vivent dans les pays pauvres, où 90 % des emplois sont informels, contre seulement 18 % dans les pays riches.

Alors que les femmes sont en première ligne de la mobilisation contre le virus, elles sont susceptibles d’être les plus durement touchées financièrement. Les femmes constituent près de 70 % du personnel de santé dans le monde et fournissent 75 % du travail de soin non rémunéré, notamment auprès des enfants, des personnes malades et des personnes âgées. Les femmes sont aussi plus susceptibles d’occuper des emplois précaires faiblement rémunérés, qui sont les emplois les plus menacés par la crise actuelle. Dans l’industrie textile au Bangladesh, plus d’un million de personnes dont 80 % sont des femmes, ont déjà été licenciées ou ont arrêté de travailler sans avoir reçu leur salaire suite à l’annulation ou à la suspension de commandes des grandes marques occidentales.

Beaucoup de pays riches ont développé des plans de relance économique de plusieurs milliards de dollars pour soutenir les entreprises ainsi que les travailleuses et travailleurs. Mais la plupart des pays en développement ne disposent pas des ressources suffisantes pour faire de même. Selon les estimations des Nations Unies, ce sont près de la moitié des emplois qui pourraient disparaître en Afrique. Micah Olywangu, chauffeur de taxi et père de trois enfants à Nairobi, au Kenya, n’a pas effectué de course depuis que le confinement a entraîné la fermeture de l’aéroport, des bars et restaurants. « Le virus va nous affamer avant de nous rendre malades », confie-t-il à Oxfam.

Fournir les 2 500 milliards de dollars nécessaires selon les Nations Unies pour soutenir les pays en développement pendant la pandémie requiert 500 milliards de dollars supplémentaires en aide au développement, dont 160 milliards, qui selon Oxfam, sont nécessaires pour renforcer les systèmes de santé publique des pays pauvres et 2 milliards en faveur du fonds humanitaire des Nations Unies. D’autres ressources peuvent être mobilisées grâce à la mise en place en urgence d’impôts de solidarité, comme un impôt sur les bénéfices excédentaires ou sur les grandes fortunes.

Denise Byrnes, directrice générale d’Oxfam-Québec, indique :

« Nos gouvernements ont assumé leurs responsabilités et ont réagi rapidement pour sauvegarder l’économie pendant la pandémie. Mais leurs plans doivent tenir compte du fait que cette crise frappe plus durement les personnes qui sont déjà en situation de précarité et qu’elle amplifie les inégalités existantes. Toute intervention économique doit permettre de protéger les plus vulnérables et les empêcher de tomber ou retomber dans la pauvreté dans l’éventualité d’une crise économique ou d’une récession. »

« Les gouvernements doivent impérativement retenir les leçons de la crise financière de 2008 où le sauvetage des banques et des entreprises a été financé par les citoyens et citoyennes ordinaires : la crise leur a coûté des pertes d’emplois, la stagnation des salaires et des coupes massives sur les services essentiels comme la santé. Les plans de relance économiques doivent soutenir les travailleurs et travailleuses ordinaires et renflouer les petites entreprises. Le soutien apporté aux grandes entreprises doit être conditionné par une action visant à construire des économies plus justes, plus durables. »

Informations complémentaires :

  • Les réunions de printemps 2020 de la Banque mondiale et du FMI auront lieu virtuellement du 17 au 19 avril.
  • Les ministres des Finances du G20 et les gouverneurs des banques centrales se réuniront virtuellement le 15 avril.
  • Téléchargez le rapport Le prix de la dignité : Un « plan de sauvetage pour toutes et tous » pour endiguer les ravages économiques de la crise du coronavirus et rebâtir un monde plus égalitaire.
  • Selon les données de la Banque mondiale, 3,4 milliards de personnes vivaient avec moins de 5,5 dollars par jour en 2018. Les chercheuses et chercheurs ont utilisé des modèles mathématiques pour prédire le nombre de personnes supplémentaires qui tomberaient sous les seuils de pauvreté de la Banque mondiale de 1,90 dollar, 3,30 dollars et 5,50 dollars par jour selon une baisse du revenu ou de la consommation de 5, 10 ou 20 %. Une baisse de 20 % signifierait qu’environ 434,4 millions de personnes supplémentaires vivraient avec moins de 1,9 dollar par jour, 611,8 millions de personnes supplémentaires avec moins 3,30 dollars et 547,6 millions de personnes supplémentaires avec moins de 5,50 dollars par jour. Cela représente une augmentation de 6 à 8 % des niveaux actuels.
  • Les données sur le Ghana viennent de Diloá Jacob Bailey Athias de Development Pathways, selon les données concernant la population du Département des Nations Unies pour les affaires économiques et sociales.
  • Les données sur l’Éthiopie sont celles de Development Finance International.
  • Oxfam intensifie ses programmes de transferts monétaires et d’assistance alimentaire auprès des communautés vulnérables partout dans le monde, des campements urbains pauvres au Bangladesh aux communautés rurales autochtones au Guatemala. Depuis plus de 20 ans, Oxfam agit en cheffe de file en matière de programmes de transferts monétaires.
    • Au Yémen, nous fournissons de l’argent aux familles déplacées par le conflit afin d’acheter des denrées alimentaires.
    • En Colombie, nous fournissons de l’argent aux personnes migrantes en situation de déplacement.
    • En République démocratique du Congo, qui a fait face à la deuxième plus grande épidémie d’Ebola de l’histoire, nous distribuons des coupons et de l’argent afin de donner la possibilité aux ménages les plus vulnérables d’acheter des denrées alimentaires et des biens de première nécessité.