Camp de Sayam Forage au Niger. Photo: Pablo Tosco / Oxfam.

Crises au Sahel : rompre le cycle des inégalités pour mettre fin aux conflits

Montréal, jeudi 4 juillet 2019 – Oxfam lance un nouveau rapport : « Sahel : lutter contre les inégalités pour répondre aux défis du développement et de la sécurité », alors que se réunissent aujourd’hui à Paris les ministres des Affaires étrangères et du développement des pays du G7 et du G5 Sahel et que l’Alliance Sahel et le G5 Sahel se réunissent à Bonn.

Oxfam lance un cri d’alerte à la communauté internationale et aux États de la région : Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad. Pour mettre fin aux violences et aux massacres qui se multiplient au Sahel, la lutte contre les inégalités doit être privilégiée, soutient Oxfam.

Les crises auxquelles font face les pays du Sahel, qu’elles soient sécuritaires, humanitaires ou environnementales, prennent en effet racines dans les inégalités qui minent aujourd’hui dangereusement le vivre ensemble et se traduisent en tensions et violences à répétition.

Pour Denise Byrnes, directrice générale d’Oxfam-Québec : « Les inégalités croissantes et la pauvreté au Sahel créent un terreau fertile pour l’émergence de conflits, dans plusieurs pays qui avaient jusqu’à maintenant un historique de règlement pacifique de conflits communautaires. Certains groupes extrémistes profitent de cette situation pour attiser les tensions et créer une situation d’insécurité. Pour répondre aux crises, les gouvernements mettent surtout l’accent sur des solutions militaires ou sécuritaires. Or, il faut plutôt agir sur les causes profondes des conflits, dont les inégalités croissantes, pour une sortie de crise durable. Cette lutte doit être une priorité, et les solutions, pour qu’elles soient pérennes, doivent être issues d’un dialogue avec les populations et les organisations locales. »

De nouvelles politiques fiscales et sociales comme moteur de lutte contre les inégalités au Sahel

Dernièrement, les gouvernements sahéliens ont augmenté les dépenses militaires. Ce choix met gravement en péril les budgets sociaux déjà fragiles. Pour Oxfam, les gouvernements de la région doivent s’engager davantage dans la lutte contre les inégalités. Cela doit passer notamment par une refonte des politiques fiscales, souvent régressives, et un investissement dans les politiques sociales pour construire des services publics d’éducation et de santé de qualité, accessibles à toutes et à tous.

En effet, les politiques fiscales affectent de manière disproportionnée les plus pauvres alors que les exonérations pour les entreprises, notamment étrangères, se sont multipliées ces dernières années. Par ailleurs, même si la scolarisation des filles a triplé au Niger en 30 ans et la mortalité maternelle a baissé de moitié au Burkina Faso depuis les années 1990, les inégalités d’accès à ces services restent très marquées, en particulier entre femmes et hommes, entre urbains et ruraux ainsi qu’entre riches et pauvres.

Le fossé se creuse et le sentiment d’injustice s’accroît au Sahel. La multiplication de mouvements citoyens dans lesquels la jeunesse s’investit massivement, sont de puissants témoignages des désirs des populations pour le respect des droits, à plus de justice, de transparence et de redevabilité.

La jeunesse sahélienne, l’avenir de la région

Selon Adama Coulibaly, directeur régional d’Oxfam en Afrique de l’Ouest : « Nous constatons une restriction inquiétante de l’espace civique, déjà limité. Au Niger, en 2018, cela s’est traduit par l’arrestation des organisateurs de la Journée d’action citoyenne de mars 2018 qui protestaient contre les nouvelles mesures fiscales favorisant les multinationales. Au Tchad, c’est la censure des réseaux sociaux qui perdure depuis plus d’un an. Cette tendance est inquiétante. La jeunesse représente la majorité de la population sahélienne et l’avenir de la région. Il faut rétablir la confiance en reconnaissant la place des jeunes et des citoyennes dans le contrôle de l’action de l’État et leurs droits à participer à la vie publique. »

C’est d’ailleurs le constat qui est au cœur du rapport « Les absents de la paix » (2018), une étude indépendante sur les jeunes, la paix et la sécurité menée par Graeme Simpson, à la demande du Conseil de sécurité de l’ONU : « Il convient de faire la part belle aux partenariats et aux actions collaboratives en faveur de la paix dans le cadre desquels les jeunes sont considérés comme des égaux et des partenaires incontournables. » (GRAEME SIMPSON, « Les absents de la paix », 2018, page 117).

Parce que les inégalités sont devenues intenables, des mouvements citoyens se multiplient dans la région. Incarnés par des jeunes et des femmes qui croient au respect des droits, à plus de justice, de transparence et de redevabilité, ces mouvements permettent de lutter contre les inégalités au niveau local. En véritable justicières, ces personnes se dressent au quotidien contre les inégalités.

Face à ces multiples défis, le G5 Sahel et l’Alliance Sahel doivent repenser leurs approches. D’une part, le G5 Sahel doit fortement renforcer les dimensions de développement et de gouvernance de son action. D’autre part, l’Alliance Sahel doit assurer une véritable coordination de l’aide au développement dans la région. Elle doit aussi renforcer les projets communs pour élaborer et mettre en place de véritables politiques publiques de qualité, sous le leadership des États.