Ali Saeed, 45 ans, est une personne déplacée qui vit dans le village d'Al-Awamer, au Yémen. Il vient de recevoir environ 98$ du programme de transfert monétaire d'Oxfam, pour acheter de l'eau, de la nourriture et des médicaments à sa famille. Photo: Moayed Al Shaibani | Oxfam.

Yémen : les besoins montent en flèche et les transferts de fonds diminuent comme peau de chagrin

Montréal, 1er juin 2020 – Dans la foulée de la conférence virtuelle des donateurs qui aura lieu ce mardi 2 juin, Oxfam demande à la communauté internationale d’assurer le financement permettant d’intervenir au Yémen pour répondre aux besoins liés à la pandémie de coronavirus ainsi qu’aux immenses besoins humanitaires du pays.

Le Yémen vit en effet un déclin sans précédent des transferts de fonds vers le pays, alors que les cas de coronavirus augmentent et que l’aide internationale s’épuise dans un pays déjà dévasté par plus de cinq années de guerre. Les agences de transferts d’argent de six gouvernorats au Yémen ont indiqué à Oxfam avoir constaté que le nombre d’envois de fonds a chuté de 80 % entre janvier et avril de cette année. La raison principale est que la population originaire du Yémen qui travaille dans les États du golfe Persique, au Royaume-Uni et aux États-Unis a vu ses revenus dégringoler à cause du confinement et des règles de distanciation physique en vigueur.

La Banque mondiale estime que 10 % des personnes au Yémen dépendent entièrement de ces transferts de fonds arrivant de l’extérieur du pays pour satisfaire leurs besoins de base. L’envoi de fonds vers le Yémen en 2019 totalisait 3,8 milliards de dollars, soit 13 % du PIB.

Augmentation des cas de coronavirus

Pendant cette chute des transferts d’argent, le nombre de cas présumés de coronavirus a grimpé, particulièrement dans la ville d’Aden, au sud du pays. Plus de 250 cas ont été confirmés dans 10 gouvernorats et on compte 49 décès. Les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés, puisque les centres de dépistage sont limités et que la moitié des installations de santé du pays étaient déjà hors service avant même que le virus ne fasse son apparition.

« Le coronavirus fait déjà payer un prix terrifiant à la population yéménite, tant pour celles et ceux qui souffrent directement du virus que pour les millions de personnes frappées par les contrecoups économiques de la pandémie. Cette situation s’ajoute à plus de cinq ans de guerre qui ont entraîné une énorme crise humanitaire, la famine, des maladies et l’anéantissement du système de santé. »
— Muhsin Siddiquey, directeur de pays d’Oxfam au Yémen.

« Sans le filet de sécurité que représentent les transferts de fonds, plus de personnes seront forcées de dépendre de l’aide humanitaire pour survivre. Bien que le monde chancelle à cause du virus, la communauté internationale doit s’assurer que l’aide vitale continue de se rendre vers celles et ceux qui en ont le plus besoin. Le Canada, à qui Oxfam demande depuis des mois de cesser la vente d’armes à l’Arabie Saoudite, une des parties impliquées dans le conflit au Yémen, doit jouer son rôle d’acteur majeur sur la scène internationale dans ce dossier. Notre pays est d’ailleurs parmi les plus importants donateurs d’aide humanitaire sur place. »
— Anne Duhamel, directrice des politiques et campagnes d’Oxfam-Québec.

La vaste majorité des personnes expatriées yéménites résident et travaillent en Arabie saoudite ou dans d’autres États du golfe Persique. La plupart d’entre elles ne sont pas couvertes par les mesures économiques de ces États pour protéger leur emploi et leur entreprise. Elles ont donc subi des pertes de revenu et doivent tout de même continuer à payer leurs frais de subsistance.

Transferts de fonds : un vecteur de stabilisation économique

Les transferts de fonds sont par ailleurs une importante source de monnaie étrangère, laquelle aide à stabiliser l’économie durement touchée du Yémen. La banque centrale du Yémen est le principal organisme de financement des importations. Le pays dépend de ces dernières pour avoir accès à des fournitures essentielles, comme le pétrole, la nourriture et les médicaments. Le rial yéménite, la monnaie locale, a connu une forte dépréciation en 2018, ce qui a fait augmenter le prix de la nourriture et du carburant. On s’attend à ce que la baisse de transferts de fonds déclenche un autre effondrement avec l’épuisement des réserves de monnaies étrangères au pays.

L’ONU réclame 2,76 G$ CA

Lors de la conférence virtuelle des donateurs prévue demain, l’ONU fera une demande de 2,76 milliards de dollars canadiens afin de financer son travail au Yémen jusqu’à la fin de l’année 2020. Sans l’obtention de ce financement, l’aide humanitaire sur place se verrait grandement entravée. Oxfam presse les donateurs à continuer de financer cette aide vitale et le travail essentiel visant à lutter contre la pandémie de coronavirus.

► Pour en savoir plus sur la situation au Yémen, visitez:
https://oxfam.qc.ca/urgences/yemen/