Un élève de l'école primaire de l'île de Gondokoro, au Soudan du Sud, montre ses mains après les avoir lavées lors d'un événement de sensibilisation organisé par Oxfam pour prévenir la propagation de maladies et informer sur les bonnes pratiques d'hygiène. Photo: Albert Gonzalez Farran / Oxfam.

Inégalités face au coronavirus: certains groupes seront davantage touchés

Montréal, 23 mars 2020 – Si la COVID-19 et la crise tant sanitaire que socioéconomique qui en découle affectent l’ensemble de la société québécoise, certains groupes sociodémographiques sont davantage touchés. C’est ce que révèle la nouvelle étude « Inégaux face au coronavirus – Constats et recommandations » réalisée par l’Observatoire québécois des inégalités, en partenariat avec Oxfam-Québec, l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) et Mission Inclusion.

Les femmes, les personnes aînées et celles en situation de pauvreté, les personnes ayant de la famille à l’étranger, certains groupes ethnoculturels comme les communautés d’origine asiatiques, les communautés autochtones éloignées, les personnes ayant une maladie respiratoire et celles immunodéprimées ou atteintes de maladies chroniques risquent d’en subir plus durement les conséquences. Toutefois, des mesures concrètes existent afin d’en limiter les conséquences.

Faits saillants :

  • Les conditions associées à la pauvreté affectent directement la santé des personnes, ce qui pourrait les rendre plus vulnérables à la contamination. Elles sont également plus nombreuses à occuper des emplois précaires et à faible revenu requérant un contact humain direct, augmentant leur exposition aux risques.
  • Les femmes seraient plus vulnérables aux conséquences des pandémies, notamment parce qu’elles sont surreprésentées dans les emplois des services de santé et de services sociaux. Au Québec, 80 % de la main-d’œuvre de ce secteur est féminine. Les femmes s’occupant davantage de la gestion domestique et des enfants, la fermeture des écoles et des garderies risque d’accroître leur charge mentale.
  • L’isolement social actuel affecte plus particulièrement certains groupes, dont les personnes aînées et les individus ayant déjà un faible réseau social. Au Québec, 12 % de la population ne bénéficiait pas d’un soutien social fort avant la crise sanitaire., cette proportion grimpait à 19 % chez les personnes de 65 ans et plus et à 22 % pour les personnes vulnérables.
  • Selon les dernières estimations, 10 % de la population québécoise ne parvient pas à couvrir ses besoins de base. De plus, près de la moitié de la population canadienne considère être à un chèque de paie de la faillite personnelle en cas d’imprévu, qui risquent d’être plus nombreux dans le contexte actuel.
  • En adoptant des mesures volontaristes – ce que les gouvernements québécois et canadien font déjà – il est possible d’atténuer ces effets potentiels sur les populations vulnérables. Par exemple :
    • Renforcement de la coopération internationale afin de contenir la propagation du virus
    • Création d’un comité consultatif réunissant les principaux experts et organisations œuvrant auprès des plus vulnérables pour identifier en temps réel les enjeux auxquels ces groupes font face et production d’analyses pour mieux évaluer leurs besoins et l’impact des politiques
    • Soutien accru aux organismes communautaires et à but non lucratif pour maintenir leurs activités et gérer la demande croissante plutôt qu’en diminuer l’accès, par exemple en matière d’insécurité alimentaire, de santé mentale, d’isolement ou de soutien au réseau de la santé
    • Effort national de recrutement de bénévoles à distance et de don de matériel informatique aux organismes voués à réduire l’isolement des personnes vulnérables comme les centres d’écoute téléphonique, en plus de mieux faire connaître ces services auprès de ces populations
    • Soutien financier aux secteurs économiques touchés, notamment par la création d’emplois dans le secteur public ou par des investissements publics majeurs
    • Protection face aux créanciers, notamment par un moratoire temporaire sur les obligations financières désormais impossibles à atteindre pour les personnes les plus durement touchés et en s’assurant que les agences de crédit ne pénalisent pas la cote de crédit de ces personnes.

Selon Anne Duhamel, directrice des politiques chez Oxfam-Québec : 
 « Les personnes réfugiées vivent dans des milieux surpeuplés et insalubres, propices à un plus grand risque de contracter la COVID-19. La fermeture des frontières ne fera qu’accroître la vulnérabilité des personnes réfugiées, ce qui diminue considérablement leur capacité à se déplacer pour atteindre des zones plus sécuritaires. Il est primordial que les ONG canadiennes, comme Oxfam, puissent poursuivre la distribution de savon, d’eau et de désinfectant pour les mains et mettre en place des installations pour le lavage des mains, particulièrement dans les communautés bondées, comme les camps de personnes réfugiées », réclame-t-elle.

L’étude « Inégaux face au coronavirus – Constats et recommandations » a été réalisée en partenariat avec l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), Mission inclusion et Oxfam-Québec.

À propos de l’Observatoire québécois des inégalités :
Basé à l’Université de Montréal, l’Observatoire québécois des inégalités éclaire avec des connaissances scientifiques vulgarisées les réflexions et les prises de décision qui concernent les inégalités de revenu, d’opportunité et de qualité de vie.