femme réfugiée se lavant les mains Nur vit dans le camp de personnes réfugiées de Cox Bazar au Bangladesh où Oxfam a installé une station de lavage des mains sans contact, pour éviter la propagation de la COVID-19. Photo: Fabeha Monir / Oxfam.

Des inégalités criantes ont laissé la majorité des pays mal préparés à la pandémie de COVID-19

Le Canada 6e du classement, les États-Unis à la traîne au 26e rang et le Soudan du Sud en dernière position

Montréal, le 7 octobre - Une nouvelle analyse d’Oxfam et de Development Finance International (DFI) publiée aujourd’hui révèle que la majorité des pays du monde sont terriblement mal équipés pour faire face à la pandémie de COVID-19 en raison du très faible niveau de leurs dépenses en santé publique, de la faiblesse de leurs filets de sécurité sociale et de droits du travail insuffisants.

L’indice de l’Engagement à la réduction des inégalités (ERI) montre que seuls 26 pays sur 158 consacraient la part recommandée de 15 % de leur budget[*] à la santé avant la pandémie. Par ailleurs, dans 103 pays, au moins une travailleuse ou un travailleur sur trois ne bénéficiait pas de droits fondamentaux ou de protections en matière de travail, tels que des congés de maladie payés.

L’indice ERI classe 158 États en fonction de leurs politiques en matière de services publics, de fiscalité et de droits de la main d’œuvre; trois domaines essentiels pour réduire les inégalités et résister à la crise du coronavirus. Cet indice est lancé en amont des réunions annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), qui se tiendront de manière virtuelle la semaine prochaine.

Le Canada s’y classe à une honorable sixième place, notamment en raison de la part non négligeable du budget national consacrée aux dépenses de santé (19,5 % en 2017).

« Bien qu’il faille saluer le classement général du Canada et la protection sociale que notre gouvernement met en place, des marges d’amélioration subsistent. Quand la pandémie est arrivée, le budget pour la protection sociale canadien était malheureusement parmi les plus bas de tous les pays de l’OCDE (25,5% versus une moyenne de 34,8%). De plus, les programmes de protection sociale, tel l’assurance emploi, ne protégeaient pas la moitié des travailleuses et travailleurs en raison de modalités d’admissibilité très strictes. Pour répondre à la pandémie, le Canada a du rapidement assouplir ses règlements tout en élargissant les programmes de protection sociale. Afin d’assurer une relance durable, le gouvernement devra continuer à renforcer ses programmes de protection sociale et, vu l’impact disproportionné que la pandémie a sur les travailleuses et travailleurs, les femmes et les jeunes, le gouvernement devra prioriser des programmes de protection pour ces populations. »
— Anne Duhamel, directrice des politiques et campagnes d’Oxfam-Québec.

« L’incapacité criante des gouvernements à s’attaquer aux inégalités a fait en sorte que la majorité des pays du monde étaient très mal équipés pour faire face à la pandémie. Aucun pays n’a fait d’efforts suffisants pour réduire les inégalités et, par conséquent, ce sont les gens ordinaires qui portent le poids de cette crise. Des millions de personnes ont basculé dans la pauvreté et la faim, et il y a eu d’innombrables morts évitables. »
— Chema Vera, directeur général intérimaire d’Oxfam International.

L’indice ERI souligne qu’aucun pays au monde n’en faisait assez pour lutter contre les inégalités avant la pandémie de COVID-19. Bien que cette crise ait servi de signal d’alarme pour certains, de nombreux pays n’agissent toujours pas pour réduire les inégalités. Cette inaction contribue à alimenter la crise et accroît la vulnérabilité des personnes vivant dans la pauvreté, en particulier les femmes. Par exemple :

  • Les États-Unis se classent au dernier rang des pays riches du G7 et sont à la traîne de 17 pays à faible revenu comme la Sierra Leone et le Libéria en matière de droit du travail en raison de leurs politiques antisyndicales et d’un salaire minimum moyen très bas. L’administration Trump n’a accordé qu’une aide temporaire à la main d’œuvre vulnérable avec son plan de relance d’avril, après avoir réduit de façon permanente les impôts au profit des entreprises et des plus riches en 2017. Les résultats de l’indice ERI renforcent les préoccupations plus générales d’Oxfam, qui craint que la pandémie n’aboutisse à un système de santé qui exclut des millions de personnes vivant dans la pauvreté, principalement les communautés afro-américaines et latines au sens large (par exemple, seul un foyer noir sur dix dispose d’une assurance maladie, contre sept foyers blancs sur dix).
  • Le Nigéria, le Bahreïn et l’Inde, laquelle connaît actuellement l’épidémie de COVID-19 à la croissance la plus rapide au monde, comptaient parmi les pays les moins performants dans la lutte contre les inégalités au début de la pandémie. En Inde, le budget consacré à la santé (en pourcentage du budget national global) est le quatrième le plus faible au monde, et seule la moitié de la population a accès à des services de santé de base. Malgré un bilan déjà désastreux en matière de droits de la main d’œuvre, plusieurs gouvernements d’États en Inde se sont servi du prétexte de la pandémie pour augmenter le temps de travail quotidien de 8 à 12 heures par jour et suspendre la loi sur le salaire minimum, détruisant ainsi les moyens de subsistance de millions de travailleuses et travailleurs pauvres qui luttent maintenant contre la faim.
  • En Colombie, qui se classe 94e sur 158 pays en matière de droit du travail, 22 millions de travailleuses et travailleurs du secteur informel ne bénéficient pas de congés de maladie payés et doivent continuer à travailler pour nourrir leur famille, même s’ils sont atteints de la COVID-19. En outre, les femmes colombiennes font les frais du ralentissement économique, avec un taux de chômage de 26 %, contre seulement 16 % pour les hommes.
  • Certains pays avaient commencé à prendre des mesures positives avant le début de la pandémie : la Corée du Sud a augmenté son salaire minimum, le Botswana, le Costa Rica et la Thaïlande ont augmenté leurs dépenses de santé, et la Nouvelle-Zélande a mis en place un budget « bien-être » pour s’attaquer à des problèmes comme la pauvreté et les inégalités chez les enfants. En revanche, de nombreux pays ont peu progressé dans la lutte contre les inégalités, et certains accusent même un recul. En effet, beaucoup de pays figurant dans les premiers rangs de l’indice ERI, tels que l’Allemagne, le Danemark, la Norvège et le Royaume-Uni, ont fait marche arrière en matière de réduction des inégalités, notamment en ce qui concerne les mesures d’imposition progressive.

Les femmes, qui ont généralement des salaires moins élevés, font moins d’économies et occupent des emplois précaires, ont été particulièrement touchées par les mesures de confinement mises en place en réponse à la pandémie, tandis que le travail de soin non rémunéré et les violences fondées sur le genre ont augmenté de façon spectaculaire. Près de la moitié des pays du monde n’ont pas de législation adéquate sur les agressions sexuelles et dix pays, dont Singapour et la Sierra Leone, n’ont pas de lois sur l’égalité salariale ou sur la discrimination fondée sur le genre.

« Les inégalités extrêmes ne sont pas inévitables, et nul besoin d’être un pays riche pour y remédier. Nous savons que certaines politiques, telles que la gratuité des soins de santé publics, la mise en place de filets de sécurité pour les personnes qui ne peuvent pas travailler, des salaires décents et un système fiscal équitable, ont fait leurs preuves dans la lutte contre les inégalités. Le fait de ne pas mettre en œuvre de telles mesures est un choix politique – un choix que la pandémie de COVID-19 a exposé, avec des coûts économiques et humains catastrophiques. »
— Matthew Martin, directeur de Development Finance International

Pour soutenir notre action visant à aplanir les inégalités en taxant la richesse, joignez votre voix à celle d'Oxfam-Québec en signant notre pétition.

[*] Oxfam et DFI recommandent que les gouvernements dépensent 15% de leur budget en santé, en tenant compte de la Déclaration d’Abuja de 2001. En 2001, les chefs d’État des pays de l’Union africaine se sont rencontrés et engagés à investir au moins 15% de leur budget annuel pour améliorer le secteur de la santé. La Déclaration d’Abuja fournit un modèle budgétaire pour d’autres pays en ce qui concerne les dépenses de santé.