La COVID-19 menace de plonger 50 millions de personnes dans la faim en Afrique de l’Ouest

Montréal, le 20 avril 2020 – En Afrique de l’Ouest, les conséquences de la COVID-19 risquent d’être plus dommageables encore que ce qui était anticipé. D’après la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le nombre de personnes en crise alimentaire dans la région pourrait passer de 17 à 50 millions entre juin et août 2020.

Huit organisations régionales dont Oxfam lancent un cri d’alarme en ce début de ramadan. En effet, le ramadan qui débute cette semaine coïncide avec la période critique de « soudure » précédant les récoltes et lors de laquelle certaines denrées peuvent venir à manquer. Ces éléments et l’insécurité présente dans la région mettront les populations d’Afrique de l’Ouest à l’épreuve dans les jours à venir.

« De nombreuses personnes œuvrant en production ou transformation dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche peinent déjà à poursuivre leurs activités et voient leurs moyens de subsistance menacés, affirme la directrice générale d’Oxfam-Québec, Denise Byrnes. Des mesures doivent être prises de toute urgence pour protéger ces communautés vulnérables et assurer la production alimentaire afin que la faim et la malnutrition ne soient plus un danger quotidien. »

En zones urbaines et rurales, et malgré les efforts des États, les populations sont aujourd’hui confrontées à des difficultés d’accès aux marchés alimentaires, à un début de hausse des prix et à une baisse de la disponibilité de certaines denrées de base. Ces phénomènes découlent en partie des mesures restrictives mises en place pour lutter contre la pandémie, qu’il s’agisse de confinement, de couvre-feu ou de la fermeture des frontières.

L’insécurité alimentaire gagne du terrain

Cécilia, 60 ans, a 6 enfants et 6 petits-enfants. Elle est agricultrice et leader dans sa communauté au Ghana. Dans son pays, la COVID-19 risque de menacer son activité. Photo: Nana Kofi Acquah | Oxfam.

« En quelques jours, le sac de 100 kg de mil est passé de 16 000 à 19 000 francs CFA et le litre d’huile pour la cuisine a presque doublé, raconte Amadou Hamadoun Dicko, président de l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en Savane (APESS), située au Burkina-Faso. Une situation semblable affecte les éleveurs, avec une hausse importante du prix du sac de tourteaux de coton pour nourrir les animaux. Avec le virus en plus de l’insécurité liée aux conflits et violences, je me demande comment le mois de ramadan sera vécu cette année. »

Cet exemple est loin de représenter un cas isolé. Dans les pays confrontés à des crises humanitaires, l’accès à la nourriture est devenu très difficile. Au Burkina-Faso ou au Niger, l’aide humanitaire ne parvient pas à se rendre aux populations ni à couvrir les besoins alimentaires des milliers de personnes déplacées. Obtenir une aide d’urgence est devenue une question de survie.

Alors que débute également la période des récoltes, les personnes productrices et agricultrices sont déjà sévèrement touchées économiquement par la crise et ont des difficultés à accéder aux semences et aux engrais de qualité. L’agriculture contribue à près du tiers de l’économie de l’Afrique de l’Ouest; la plus grande source de revenus et de moyens de subsistance pour 70 à 80 % de la population. Une majorité de ce groupe est composée de femmes, qui se retrouvent donc en première ligne.

Au Burkina-Faso, madame Toe Hazara, promotrice de la laiterie Café Rio, témoigne : « Nous avons perdu les trois quarts de notre marché en raison du confinement de la ville de Bobo Dioulasso. Cette situation est intenable : on ne peut plus assumer les charges des 13 membres de notre équipe et payer nos fournisseurs ».

Les communautés pastorales, déjà confrontées durement aux impacts du changement climatique, sont également touchées, ne pouvant plus assurer la transhumance du bétail à cause de la fermeture des régions ou des frontières, ce qui risque d’augmenter les conflits entre celles et ceux qui œuvrent dans l’élevage et de l’agriculture.

Pour surmonter cette crise, les personnes travaillant en agriculture, en élevage, dans le secteur des pêches ainsi que et les celles œuvrant en transformation agroalimentaire comptent sur le soutien des gouvernements afin de mener à bien la saison agricole.

Un appel à contrôler les prix et le marché

Les signataires de ce communiqué appellent donc l’ensemble des gouvernements à contrôler les prix, à assurer l’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires issues des exploitations familiales et à maintenir les transports transfrontaliers de marchandises. Elles réclament également la mise en place de filets sociaux pour venir en aide aux plus vulnérables.

Face à cette situation, la solidarité régionale et internationale est cruciale. L’appui des bailleurs de fonds aux États ouest-africains, aux organisations paysannes et à la société civile pour les aider à affronter la crise dans un contexte régional fragile est indispensable.

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Les organisations signataires :

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