Lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles en Palestine

Par Isabelle de Champlain Bringue, conseillère en justice entre les femmes et les hommes pour Oxfam-Québec en Territoire palestinien occupé.

Pour les Palestiniennes et Palestiniens, l’année 2017 aura été le rappel de bien tristes anniversaires : les 50 ans de l’occupation israélienne de leur territoire et les 10 ans du siège de la bande de Gaza.

Que ce soit en Cisjordanie, à Gaza ou à Jérusalem Est, femmes, hommes, filles et garçons sont profondément affectés par l’occupation illégale de leur territoire par Israël. Chaque aspect de leur vie est marqué par cette occupation qui nie leurs droits les plus fondamentaux, entrave leur liberté et les atteint dans leur dignité.

Il y aura bientôt deux ans que je travaille en Territoire palestinien occupé (TPO) à titre de conseillère en justice entre les femmes et les hommes. Grâce à ce travail, j’ai eu le privilège de rencontrer nombre de femmes et jeunes filles palestiniennes qui ont eu la générosité de m’accueillir chez elles afin de me raconter leurs histoires. Des moments chaleureux, parfumés au thé à la menthe, à écouter l’inconcevable et à admirer l’extraordinaire résilience de ces femmes.

En découvrant leur vécu, on comprend que chacune d’elles a une expérience très différente de l’occupation, une expérience qui varie selon la localisation géographique, l’appartenance religieuse et le statut marital, entre autres. On comprend également que leurs difficultés et leur marginalisation sont déterminées et renforcées par la discrimination ‘genrée’ systémique de la société patriarcale à laquelle elles appartiennent, où les notions de masculinité et de féminité sont largement régulées par des idéaux nationalistes.

Depuis la naissance de ma fille cet été, je découvre une nouvelle gamme d’émotions. Les histoires d’horreur de Palestiniennes enceintes bloquées aux checkpoints, cherchant à se rendre à l’hôpital, parfois obligées d’accoucher sur place dans des conditions inhumaines, me touchent et me remuent encore davantage, d’autant plus que ces histoires se terminent parfois mal. Ma fille a été sauvée à temps parce que j’étais à l’hôpital au bon moment. Ici, je suis libre de me déplacer comme bon me semble, un privilège de femme blanche occidentale que très peu de Palestiniennes, voire aucune, n’ont.

L’obstruction de mouvement n’est pas la seule cause de stress ou de trauma vécu par les femmes palestiniennes. L’expansion des colonies israéliennes, illégales au regard du droit international, les violences commises par les colons envers la population palestinienne avoisinante, les déplacements forcés, les raids nocturnes et les démolitions des maisons par l’armée israélienne, le harcèlement sexuel et les humiliations aux checkpoints, ainsi que les arrestations et emprisonnements de leurs enfants, façonnent leur réalité quotidienne. Cependant, on me raconte aussi des histoires illustrant l’autre facette de cette brutale réalité : des femmes palestiniennes qui se font volontairement arrêter, préférant ainsi les prisons israéliennes à la violence domestique qu’elles subissent à la maison; ou encore, le nombre grandissant de mariages forcés de jeunes filles comme stratégie négative d’adaptation, surtout à Gaza à la suite des trois guerres.

Bien des défis se posent à une solution juste et durable du conflit. C’est pourquoi nous menons avec nos partenaires locaux des initiatives innovantes cherchant à promouvoir l’autonomisation économique et la participation citoyenne des femmes et des jeunes pour atteindre un développement durable, ce qui ne peut s’opérer sans lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles.