Guerre en Syrie: 9 ans de conflits, et la plus grande crise de réfugiés au monde.

Des civils syriens dans la ville d’Alep, le 11 septembre 2016. Ameer Alhalbi, AFP

Le contexte actuel en Syrie : Les tensions montent à Idleb

Alors que le conflit en Syrie ne montre aucun signe d’apaisement, la situation humanitaire en Syrie demeure extrêmement précaire dans l’ensemble du pays, principalement dans le nord où affluent les déplacés. La "réduction des tensions" annoncée début février 2020 par le ministère russe des Affaires étrangères n'aura pas lieu. La Turquie menait dimanche 1er mars une offensive militaire contre le régime de Bachar al-Assad à Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, en réponse à des attaques qui ont infligé de lourdes pertes à la Turquie cette semaine. Deux avions ont été abattus et 19 soldats syriens tués.

Mais au-delà des enjeux militaires, cette montée en tension risque surtout de compliquer la situation humanitaire déjà calamiteuse dans la région d'Idleb, où des centaines de civils ont été tués et près d'un million de personnes déplacées ces derniers mois par l'offensive qu'y mène depuis décembre le régime de Damas.

… et la population est éprouvée.

Les populations sont éprouvées par le manque d’accès aux soins, à l’eau et à la nourriture. Les besoins d’assainissement, d’abris et autres biens sont impératifs. Des centaines de milliers de personnes se trouvent dans une situation critique et sont exposées à une violence continuelle. Sur une population de 22 millions d’habitants, la moitié a fui les zones de combat et près de 14 millions de personnes ont urgemment besoin de votre aide.

 


"La crise sanitaire qui se déroule sous nos yeux est la plus grave depuis la fin de la Seconde guerre mondiale"
, nous confie un médecin urgentiste, qui se rend régulièrement sur le terrain. "Depuis le 1er décembre, on parle de 950 000 à un million de personnes déplacées, soit l'une des plus grandes vagues d'exode dans le pays depuis le début du conflit", souligne François Dupaquier, expert humanitaire et spécialiste de la Syrie. "Parmi eux, on estime qu'il y a entre 570 000 à 600 000 enfants", ajoute-t-il (Fayard, 2019).

Les souffrances humaines causées par neuf années de guerre en Syrie sont insoutenables. Nous venons en aide à toutes les personnes qui sont affectées par cette crise, en Syrie même, mais aussi au Liban, en Jordanie, ainsi qu’en Grèce, en Serbie et en Macédoine.

 

L’ampleur de la crise humanitaire

 

Depuis que le conflit a éclaté, en mars 2011, près de 700 000 personnes ont été tuées en Syrie. Près de 5,6 millions de personnes ont fui dans les pays voisins, notamment en Jordanie, au Liban et en Turquie. Les trois quarts d’entre eux sont des femmes et des enfants. L’afflux massif et continu de familles déplacées par le conflit dans ces pays met les économies et infrastructures locales sous pression : Au Liban, un habitant sur cinq est un réfugié de SyrieLa Turquie accueille actuellement plus de 3,7 millions de Syriens, un quart de millions de réfugiés d’autres nationalités et attend un million de réfugiés supplémentaires déplacés par les combats en cours dans la province d’Idlib. C’est plus qu’aucun autre pays dans le monde.

En outre, la majorité des réfugiés syriens dans les pays voisins vivent dans des zones urbaines défavorisées, hors des camps. Il leur est donc difficile d’avoir accès à une aide bien souvent vitale. Plus de 70% des réfugiés au Liban et 87% en Jordanie vivent en dessous du seuil de pauvreté.


La réponse d’Oxfam-Québec face à cette situation de crise


Notre action en Syrie

La plupart des civils qui fuient la violence armée autour d’Idlib se retrouvent dans des zones sous contrôle des groupes armés d’opposition. Oxfam n’a donc pas accès à ces zones (l’assistance y est plutôt acheminée de façon transfrontalière, depuis la Turquie, par d’autres agences non enregistrées à Damas). Cependant, certaines zones sont en train de passer sous contrôle gouvernemental, comme le nord du gouvernorat de Hama et le sud du gouvernorat d’Idlib. Oxfam a déjà une capacité en place avec un partenaire local dans Hama, et y a mené des évaluations de besoins humanitaires et d’articles de première nécessité auprès des populations déplacées. On s’attend aussi à ce que de plus en plus de gens fuient à l’intérieur du gouvernorat d’Alep, où Oxfam a un bureau et des opérations.

En attendant l’approbation des autorités locales, Oxfam a accès aux communautés du sud d'Idlib et du nord de Hama, où elle a désormais des approbations à mettre en œuvre des abris et des hébergements pour les personnes déplacées internes:

  • 200 familles dans des abris communs
  • 400 familles hébergées avec leurs proches
  • 211 familles dans Hama rural oriental
  • 300 familles dans Hama rural nordique
  • 3 000 familles dans Hama rural nord-ouest

Nous concentrons aussi nos efforts sur:

La réparation des puits

La fourniture d'une autre source d'électricité pour faire fonctionner les stations de pompage pendant les coupures régulières de courant

La distribution de trousses d'hygiène

L'amélioration de la gestion des déchets

Nous prévoyons d'approvisionner 1.5 million de personnes en eau potable. Nous nous efforçons également de promouvoir la santé publique et d e renforcer les moyens de subsistance (nourriture, couvertures, etc.). Enfin, nous installons des latrines et des systèmes d'assainissement.

 

 

Notre action en Jordanie et au Liban

Écoutez le témoignage d'Ola Malkawi qui travaille avec les réfugiées syriennes dans le camp Za'atari en Jordanie.

 

En Syrie, en Jordanie et au Liban, nous portons assistance à plus de 2 millions de personnes, en leur fournissant de l’eau potable, des installations sanitaires et en apportant un soutien vital aux familles qui ont tout perdu.

En Jordanie et au Liban, nous approvisionnons les réfugiés en eau potable et procédons à des distributions d’argent. Nous aidons les familles à s’informer de leurs droits et les mettons en rapport avec les services médicaux et d’aide juridique, notamment.

Nous avons construit des sanitaires dans les camps de réfugiés, les campements sauvages et aux abords des routes désertes empruntées par les personnes qui fuient la Syrie. Des systèmes de canalisation d’eau sont en cours de développement pour le camp de réfugiés de Za’atari, en Jordanie, et dans les communautés d’accueil de la vallée de la Bekaa, au Liban.

 

Grâce à votre don :

Voici quelques exemples de ce que nous pouvons faire avec votre don :

  •   Manteau d’hiver pour enfants : 12 $
  •   Manteau d’hiver taille adulte : 17 $
  •   Trousse d’hygiène pour une adolescente : 16 $
  •   Réparer un mètre de canalisation d’eau : 164 $
  •   Réparer un mètre de canalisation d’égout : 620 $

Notre action dans le monde

Fournir une aide humanitaire aux millions de victimes de ce terrible conflit est vital mais ce n’est pas suffisant. Depuis le début de la crise, nous militons, grâce à des campagnes de mobilisation citoyenne et par notre travail de plaidoyer, pour l’arrêt des combats et pour une solution politique durable et inclusive.

Nous continuons de réclamer à toutes les parties au conflit l’arrêt des transferts d’armes, la garantie d’un accès humanitaire et la protection des civils, que ce soit en Syrie ou dans les pays voisins.

 

Seeham, Fatouma et Ahmad racontent leur histoire... 
Seeham_DEZ (3)

“Pendant que nous prenions la fuite, je comptais les minutes à bout de souffle : une, deux, trois, quatre… Je n’ai repris ma respiration correctement qu’à la neuvième. Neuf enfants, neuf enfants envie. C’était la seule chose pour laquelle je priais lorsque nous avons quitté le village de Bugros près de Deir Ez-Zor au début de l’année 2016. Le voyage fut très silencieux. Le seul sons que l’on entendait étaient ceux des respirations fatiguées et des cœurs qui battaient.

Nous n’avions qu’un objectif : rester en vie. C’est dur de repenser à ces moments. C’était une décision très difficile de quitter nos maisons après que les membres de l’État islamique aient pris possession de nos terres de nos champs et de nos troupeaux. Lorsque nous avons fui, nous n’avions auxune destination en tête. La seule chose qui nous importait était d’être en sécurité. Cela ne nous dérangeait pas de dormir dehors. Il y avait beaucoup d’aînés et de jeunes. Il y a quelques mois nous sommes retournés chez nous où tout a été détruit. Les maisons sont en ruines et nue grande partie des terres sont brûlées. Jusqu’ici nous avons réussi à cultiver un tiers de nos terres. Se remettre de la guerre et reconstruire la vie que nous avions autrefois est un défi long et difficile. Mais voir des pousses vertes sortir de ce sol noirci me donne de l’espoir.   » _ Seeham Alaboud

Mention de source : Oxfam/Dania Kareh

« Il passait à peine minuit, en 2015, quand nous avons quitté notre village d’Arran, juste au nord d’Alep, pour nous rendre dans un camp éloigné. Nous y sommes restés avec d’autres familles qui avaient également fui leur maison. Les conditions de vie y étaient extrêmement misérables : pas de latrines, insalubrité et à peine suffisamment de nourriture pour remplir le ventre de nos enfants. Nous étions à des lieues de ce que notre vie était.

Fatouma_Aleppo

Nous avions autrefois du bétail et une petite ferme. C’était un mode de vie modeste, mais nous n’avions besoin de personne. Nous avons tant perdu dans cette guerre. Mes deux fils sont partis il y a quelques années. Le jour où je leur ai dit « au revoir » est gravé dans ma mémoire. Je les ai regardés dans les yeux et quelque chose en moi m’a dit que je ne les reverrais plus jamais. Je ne croyais pas survivre pour pouvoir raconter mon histoire. J’ai 65 ans maintenant et la guerre en Syrie ne se compare à rien de ce que nous avons vécu auparavant. Toute notre vie a basculé le jour où nous nous sommes réveillés et avons vu notre village envahi par des militants de l’EI. Ils nous ont forcées, les femmes, à changer notre façon de nous habiller. Ils nous ont forcés à avoir un homme tuteur pour nous accompagner partout où nous allions. C’était pénible et une nuit j’ai décidé que s’en était assez et nous sommes partis. Il y a trois ans, après que l’EI ait été chassé, nous sommes retournés dans notre village, mais la situation est difficile depuis. Notre bétail a été volé ainsi que la plupart de nos possessions. L’eau se fait rare. Nous devons parcourir de longues distances pour aller chercher de l’eau potable dans des puits peu profonds non protégés. Depuis ce temps, nous reconstruisons notre vie, peu à peu. Nous épargnons maintenant de l’argent pour acheter deux moutons et peut-être démarrer une petite ferme laitière. C’est difficile, mais je suis certaine que nous réussirons à nous remettre sur pied... un jour. »

Fatouma AlMhammad

Oxfam appuie les femmes comme Fatouma dans 17 villages de régions rurales près d’Alep en réparant des stations de pompage de l’eau, ce qui permet ainsi à l’eau d’atteindre des milliers d’autres foyers. Mention de source : Oxfam/Dania Kareh, Islam Mardini

07

« J’étais autrefois un fier forgeron et notre atelier familial rapportait un bon revenu. Mais tout a changé lorsque la guerre a éclaté. Il n’y a rien de pire que d’avoir à prendre des décisions difficiles et risquer sa vie pour de la nourriture. Je n’avais toutefois pas le choix, pour l’amour de ma famille, pour l’amour de mes deux enfants. Quand notre village d’al-Zahraa, région rurale aux environs d’Alep, a été assiégé, la nourriture est devenue une denrée rare et très recherchée.

Les tablettes des épiceries se vidaient de plus en plus et le prix de ce qui restait ne faisait que grimper. De nombreuses familles, qui tentaient désespérément de survivre, dont la mienne, ont dû tout vendre. Je me suis même résolu à faire du colportage pour survivre. Puis, les champs des alentours étaient tout ce qui nous restait. Je sortais tôt le matin, avant que les obus commencent à tomber, pour cueillir des herbes que nous faisions bouillir et servions ensuite comme repas. C’était des jours tellement pénibles pour nous et je croyais, avec mes affaires qui s’affaiblissaient, que j’avais connu le pire. Mais j’avais tort. Un jour, en 2016, j’ai été frappé par des éclats d’obus et j’ai passé 16 jours dans le coma. Je ne pensais pas m’en sortir, mais j’ai survécu et, grâce à Dieu, ma famille aussi. Notre parcours a été long et ardu : de mener une vie normale avec un bon revenu en tant que forgeron à colporter et à passer près de me faire tuer... voilà la vie en zone de guerre. Aujourd’hui, je suis un fier apiculteur. J’ai commencé avec seulement une ruche et j’ai utilisé l’argent que m’a rapporté cette première ruche pour en acheter une deuxième. Même si la vie peut être incertaine, ces abeilles me donnent espoir. »

Ahmad Mohammad Ali Matouk

Oxfam appuie les gens comme Ahmad grâce à des programmes « argent contre travail » et les aide à gagner de l’argent et leur donne la chance de prendre soin d’eux-mêmes et de leur famille. Mention de source : Oxfam / Islam Mardini

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